5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 07:09

 

Toi, si tu étais sensée,

Quand je te dis que des étoiles fulgurent des signes, tous effroyables,

Tu ne te retournerais pas pour me répondre

« La nuit est merveilleuse.»

 

Et même, toi, si tu savais

Combien ces ténèbres m'imprègnent jusqu'à la moelle et distillent

En mon essence une frayeur impie, tu t'arrêterais à distinguer

Le blessant et l'amusant.

 

Car, je te le dis,

Sous cet arbre puissant, le fluide de mon âme entière

Exsude de moi comme une vapeur sacrificielle

Sous le couteau d'un Druide.

 

Je te le redis, je saigne, dans mes liens d'osier,

Ma vie se répand.

Mon sang, je te le dis, se répand sur l'aire de ce chêne,

Goutte à goutte.

 

Au-dessus de moi jaillit le gui, né du sang,

Dans la vapeur ombreuse.

Mais qui es-tu à babiller çà et là

Sous le chêne ?

 

Qu'es-tu de mieux, ou de pire ?

Qu'as-tu à voir avec les mystères

De cet antique lieu, de mon antique malédiction ?

Quelle place as-tu dans mes histoires ?

 

 

 

 

David Herbert Lawrence

Poèmes

Traduction de Sylvain Floc'h

L'Âge d'Homme, 2007

 

 

 

                                  ♦

 

 

 

Under the oak

 


You, if you were sensible,

When I tell you the stars flash signals, each one dreadful,

You would not turn and answer me

«The night is wonderful.»

 

Even you, if you knew

How this darkness soaks me through and through, and infuses

Unholy fear in my vapour, you would pause to distinguish

What hurts, from what amuses.

 

For I tell you

Beneath this powerful tree, my whole soul’s fluid

Oozes away from me as a sacrifice steam

At the knife of a Druid.

 

Again I tell you, I bleed, I am bound with withies,

My life runs out.

I tell you my blood runs out on the floor of this oak,

Gout upon gout.

 

Above me springs the blood-born mistletoe

In the shady smoke.

But who are you, twittering to and fro

Beneath the oak ?

 

What thing better are you, what worse ?

What have you to do with the mysteries

Of this ancient place, of my ancient curse ?

What place have you in my histories ?

 

 

 

D.H. Lawrence

New Poems, 1916

 

 

 

 

Sous le chêne

Hans Gude

Under eketreet

1858

SG