8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 18:18

 

Couronné du chat

qui vit dans son ombre

l'arbre au bord de la rivière

l'arbre aux cent bras

aux mille mains

s'ébroue

s'étire

se rengorge

 

Car c'est le jour enfin

le jour soudain

qui le constelle

charriant roulant brisant

dans sa rumeur de pépiements

des pépites impondérables

 

Alors le spectacle commence

 

Regarde

une mésange bleue

entre dans l'une de ses manches

et c'est un merle en habit de soirée

qui sort d'une autre

 

Penche-toi comme il se penche

vers son image entre deux eaux

tu verras comment il change

ses feuilles en ablettes

son feuillage en Ophélie

 

Moi qui te parle je l'ai vu

faire disparaître des nuages

plus vastes que des continents

rompre la course du soleil

dérouter des constellations

 

La nuit

quand le vent le traverse

on y entend courir des trains

(il m'est arrivé d'y prendre

l'express pour Kautokéino

en Laponie où jamais rail ne fut posé)

 

C'est ainsi que tout lui est bon

pour se donner en spectacle

Il cabotine sous l'orage

comme s'il avait inventé

il enseigne à la pluie

des discours insensés

il prétend servir au soleil

d'obscures leçons de pudeur

 

Et je ne parle pas

de sa petite partenaire

très évidemment nue

sous sa robe taillée

dans un essaim de guêpes.

 

 

 

 

Serge Wellens

Les Mots sont des chiens d'aveugles

Folle Avoine, 2001

SG