27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 06:09

 

La prison où Jean-Marc, le fier coupeur de chênes,

Rongeait son frein depuis six mortelles semaines,

          Vient d'ouvrir ses verrous.

Il bondit à l'air libre, il semble avoir des ailes,

Tant il court…, et les clous de ses lourdes semelles

           Sonnent sur les cailloux.

 

Six semaines sans voir sa forêt bien aimée,

Six semaines d'ennuis pour deux brins de ramée

           Pas plus gros que le bras !...

Il sourit de pitié, puis il se hâte encore,

Les yeux toujours fixés vers les grands bois que dore

           Le couchant, tout là-bas.

 

Il arrive. La lune au même instant se lève.

Pendant qu'il languissait dans sa prison, la sève

           A rompu les bourgeons.

La forêt maintenant est dans toute sa gloire,

Partout des rameaux verts, pas une branche noire ;

           Partout nids et chansons !

 

Il siffle un air de fête en s'enfonçant dans l'ombre,

Et dans l'épais taillis, des rossignols sans nombre

           Répondent à sa voix.

Il grimpe, ivre de chants et d'odeurs printanières,

Sur un hêtre géant dont les branches dernières

           Dominent tout le bois.

 

Le voilà se berçant dans l'arbre qui s'incline !

L'air de la nuit de mai dilate sa poitrine

           Et court dans ses cheveux ;

Le ciel est sur sa tête, et sous ses pieds murmure

Et mollement frissonne une mer de verdure

           Aux flots mystérieux.

 

De légères vapeurs glissent sur les clairières,

Et la lune répand sur les champs de bruyères

           Des nappes de clarté.

— Hurrah ! — Sa voix s'envole, et dans l'azur sans voile

On dirait qu'on entend monter jusqu'aux étoiles

           Son cri de liberté.

 

 

 

André Theuriet

Poésies

A. Lemerre, 1881

SG