3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 07:02

 

                              I

 

Cet arbre ridé se blottit en ma mémoire

D'une main de lépreux il avait le tracé

Le tronc noueux aux moignons desséchés

La curve d'une paume où l'on ne peut plus boire

 

 

                              II

 

Seule se regorgeait de la fraîcheur du marbre

Une feuille aux veinules irisées par la pluie

Filée, silencieuse sous les doigts de la nuit

« C'est l'été » me disais-je en regardant cet arbre

 

 

                              III

 

Et dans l'air il y avait déjà le chant des bêtes

Le crapaud aiguisait un hymne familier

La terre s'amollissant en senteurs mouillées

Gardait, prête à jaillir la splendeur d'une fête

 

 

                              IV

 

Mon orgueil savourait l'élan de sa prière

Issue, turgescente, de la boue pétrifiée

C'était de mon désir, la cision purifiée

Et la lune elle-même blanchissait sa lumière

 

 

                              V

 

Et je savais aussi que deviendrait poussière

Le tronc de fine écorce, ses racines pourries

L'orage avec l'éclair d'un visage qui rit

A réduit en un rien l'éclat de ma colère.

 

 

 

 

Christine Razanajao

Les nouveaux cahiers de jeunesse

N° 24-25, 1962

SG