11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 07:16

 

Un arbre     lente pensée     rumination sans mots     sève

    qui rêve

et ce long crissement du temps     la voix minime du

    grillon

 

Qui es-tu     toi qui prêtes l'oreille au long silence d'arbre

et au léger grillon ?     Tu n'entends pas battre ton cœur

 

Le soleil jaune étire ses rayons du soir sur les blés

L'alouette se dépêche en chantant d'enfourner les dernières

    becquées

 

Viendra l'automne     les grands migrateurs     hauts

    voiliers de la nuit

les longs vols d'oies cendrées     les étoiles moins vives

 

Puis l'hiver diluvien     Tu regretteras le soleil vertical

le cœur chaud dans son creux     le lièvre dans son gîte

 

Écoute     Quelqu'un approche     Des pas crissent sur la

    neige

Il fera froid et bleu     et des pattes d'oiseaux étoilées sur

    le blanc

 

Pourquoi cet arbre     ce grillon     l'été     ces oiseaux

    migrateurs

Pourquoi dans ton poème le froid est-il entré ?

 

D'où viennent ces pensées que tu n'as pas pensées ?

Et cette voix     est-ce ta voix ?     Mais à qui parle-t-elle ?

 

On dirait qu'elle en sait sur toi plus que toi-même

 

 

 

                                       

Paris

Mercredi 2 janvier,

dimanche 6 janvier,

vendredi 11 janvier 1991.

 

 

 

Claude Roy

Les Pas du silence

suivi de Poèmes en amont

Gallimard, 1993

SG