16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 16:01

 

                            I

 

Il y a un petit arbre

seul et laid et qui se balance

langueur noire dans le ravin noir

 

Il a deux branches et un tronc et le silence

et il ressemble à un homme qui a trop souffert

enchaîné et enseveli sous la terre

 

Il ne se rappelle pas beaucoup de jours

il ne se rappelle ni neige ni pluie ni vents ni herbes

même l'oiseau en lui ne tresse pas de nid

 

Il reste ainsi nu comme une croix

et comme un homme cloué en terre

et il semble qu'un mort te sourit

 

Une bouche de sable et un corps de pierre

 

 

                            II 

 

 

Cet arbre sec et seul

a les yeux des vents du sud

qui regardent au-delà de nombreux couchants

 

Mais les vents ne viennent pas dans ce ravin

oublié de Dieu et de tout

dans des ténèbres qui se refroidissent

 

Et des eaux et des rochers obscurs s'écroulent

avec le cri des bêtes sauvages

pour ronger ses écorces

 

Et cependant il semble qu'il reste en vol

et les vents rêvés le nourrissent

qui regardent au-delà de nombreux couchants

 

Et dans ce ravin le couchant n'est pas un couchant

 

 

                            III

 

 

Car où il n'y a pas de soleil il n'y a pas d'aurore ni couchant

le crépuscule n'est pas non plus ce crépuscule devant lequel on pleure

il n'y a ni espace ni temps ni solitude.

Tout est sourd. Rien n'existe.

Mais l'arbre pousse. Il pousse lentement.

Sans le savoir.

 

Là, seule la terre dit doucement

que quelque chose se passe.

En elle est une source ténue

qui sait tout.

 

 

 

 

Mateja Matevski

La poésie  macédonienne

Les Éditeurs Français Réunis

SG