19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 07:19

 

               Pour l'Exposition de 1878.

 

 

J'étais sur la rive lointaine,

Bel arbre aux rameaux verdoyants,

Soudain l'on me prend, on m'enchaîne,

Pour des palais resplendissants ;

Dans mon voyage pittoresque,

J'ai vu les merveilles du jour :

Château, villa, tour arabesque,

Jardins du plus riant séjour.

 

Traîné par des chevaux timides,

Je me prélassais en marchant

Sur des terrains moelleux, humides,

Ou bien sur le caillou tranchant ;

Pour admirer ma feuille verte,

Mon corps robuste et bien portant,

Chaque fenêtre était ouverte

Et l'on accourait haletant.

 

J'arrive au port, rempli d'ivresse

De fixer cette attention ;

Bientôt une corde se dresse,

Jugez de ma position ?

J'entends crier : alerte , alerte...

Je crois voir un sol attrayant !

Hélas ! C'est une tombe ouverte,

Un trou qui se montre effrayant...

 

J'y glisse... Oh ! Voyez quelle chute !

Plaignez le pauvre abandonné ;

Pour mon avenir quelle lutte,

Quand pour le calme j'étais né ;

Au milieu de tant de richesse.

Je sens que je ne vivrai pas,

Mon rivage avait ma tendresse,

Mon seul amour était là-bas.

 

 

                                 Janvier 1878.

 

 

 

Marie Plocq de Bertier

Littérature contemporaine

Volume 20, « Le progrès »

publié par Évariste Carrance 

1878 

 

 

 

 

 

exposition-universelle-1878---pavillon-algerien.jpg

Exposition universelle de 1878 

Pavillon algérien, estampe

Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée, Paris

SG