27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 07:19

 

Xerxès dut paraître bien ridicule, lorsqu'on vit ce prince, qui semblait avoir insulté à Jupiter, dont la terre et les mers sont l'ouvrage, en ouvrant à ses vaisseaux des passages dans des lieux qui n'étaient point navigables, en se formant des routes solides sur les ondes ; lorsqu'on le vit, dis-je, se passionner pour un platane, et lui rendre une espèce de culte. On raconte qu'ayant trouvé en Lydie un platane d'une prodigieuse hauteur, il fit dresser ses tentes autour de cet arbre, et s'arrêta un jour entier dans ce lieu désert, où rien ne l'obligeait de rester. Il y suspendit ce qu'il avait de plus précieux ; il orna les branches de colliers et de bracelets ; puis, en partant, il laissa quelqu'un pour en avoir soin, et pour être comme le surveillant et le gardien de l'objet de sa passion. Que gagnait l'arbre à cette décoration ? Les ornements dont on le chargeait, parure bien étrangère, pendaient inutilement à ses branches, et n'ajoutaient rien à sa beauté. Ce qui embellit un arbre, ce sont des rameaux vigoureux, un feuillage touffu, un tronc robuste, des racines profondes, un ombrage épais, le souffle léger du zéphir, le retour égal des saisons ; enfin les eaux du ciel qui viennent l'arroser, et celles que des canaux conduisent jusqu'aux racines pour les nourrir. Mais les robes de Xerxès, son or, tous ses autres dons, ne peuvent rien pour un platane, ni pour quelque arbre que ce soit.

 

 

 

Élien le Sophiste (0170? - 0235?)

Histoires diverses d'Élien

Traduites du grec par M. Dacier

A. Delalain, 1827

 

 

 

 

 

 

 

Elien 

SG