7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 07:00

 

 

 

Le jardin

 

Un petit jardin
plein de roses, il sent bon
étroit est le chemin
où se promène ce petit garçon.

Un petit garçon si mignon
comme un bourgeon qui fleurit
quand s’ouvrira le bourgeon
le petit garçon ne sera plus.

 

 

Franta Bass

1931-1944, Auschwitz

 

 

 

 

 

 

Margit Ullrichova

1931-1944, Auschwitz

© Musée juif de Prague

 

 

 

 

 

Tant de forêts...

 

Tant de forêts arrachées à la terre

et massacrées

achevées

rotativées

 

Tant de forêts sacrifiées pour la pâte à papier

des milliards de journaux

attirant annuellement l'attention des lecteurs

sur les dangers du déboisement des bois et des forêts

 

 

 

 

Jacques Prévert

La pluie et le beau temps

Gallimard, 1955

 

 

 

 

 

 

Folon

 

 

 

 

 

Soldats

On est là comme

sur les arbres

les feuilles

d'automne

Si sta come

d'autunno

sugli alberi

le foglie

 

Ungaretti

Vita d'un Uomo

Tutte le poesie

Mondadori, 2009

 

 

 

 

 

 

Diem Thuy Le Mai

Bouleaux en automne

Technique mixte sur toile - 100cm x 100cm

lemaithuy.sitew.com

 

 

 

 

 

 

Avec des haches

 

 

 

Photographie : Marie Rameau

Auschwitz, février 2007

marie-rameau.com

 

 

 

 

Sept heures de nuit, sept ans de veille :

tu joues avec des haches,

couché dans l'ombre de cadavres dressés

— ô les arbres que tu n'abats pas ! —,

le faste des choses tues à la tête,

la vétille des mots aux pieds,

couché, tu joues avec des haches —

et comme elles enfin tu étincelles.

 

 

 

 

Sieben Stunden der Nacht, sieben Jahre des Wachens :

mit Äxten spielend,

liegst du im Schatten aufgerichteter Leichen

o Bäume, die du nicht fällst !,

zu Häupten den Prunk des Verschwiegenen,

den Bettel der Worte zu Füßen,

liegst du und spielst mit den Äxten

und endlich blinkst du wie sie.

 

 

 

 

Paul Celan

De seuil en seuil

Traduit de l'allemand par Valérie Briet

Christian Bourgois Éditeur, 1991

 

 

 

 

 

Arbres coincés...

 

 

Arbres coincés

dans des masses de ciment.

Leur vert humilié

dévaste la lumière.

 

Il est des espaces si pleins,

si remplis, si lourds,

que le néant y prospère

mieux que dans le vide.

Arboles encogidos

en cuencas de cemento.

Su arrinconado verde

desbarata la luz.

 

Hay espacios tan llenos,

tan repletos, tan torpes,

que allí la nada medra

mejor que en el vacío.

 

Roberto Juarroz

treizième poésie verticale

Traduction de Roger Munier

José Corti, 2006

 

 

sans titre

Photographie : Claude Chambon

claudechambon-photobook.com

 

 

 

 

 

J'arrache

 

 

 

J'arrache une branche de figuier

de ma poitrine

et je la lance

comme une pierre

sur le char des conquérants.

 

 

 

Mahmoud Darwich

Les Cailloux du chemin

Traduction d'Abdellatif Laâbi

Syros, 1992

 

Farhad Khojaste - 2007

 

 

 

 

 

 

Ma maison morte

                                                          

                                                             Mi casa muerta

 

 

Ne détruisez pas ma vieille

maison, avais-je dit.

Ne détruisez pas ma maison.                     

 

 

                  

 

Nous avions notre tonnelle

et deux portes sur la rue,

un jardin à l'entrée,

petit mais grand,

un pommier terrassé

maintenant par le cri

et le ciment.

Le pêcher et l'oranger

étaient déjà morts

mais nous avions aussi

      (comment l'oublier !)

un arbre à grenades.

Des grenades qui sortaient

de son tronc,

rouges,

vertes,

l'arbre se mêlait

au mur,

et tout près,

dans la rue,

un tronc qui

donnait des mûres

chaque année,

qui emplissait de feuilles

à l'automne les portes

de ma maison.

 

 

                  

 

Ne détruisez pas ma vieille maison,

avais-je dit,

laissez au moins mes

grenades

et mes mûres,

mes pommes et mes

grilles.

 

 

No derrumben mi casa

vieja, había dicho.

No derrumben mi casa.

 

 

                  

 

Teníamos nuestra pérgola

y dos puertas a la calle,

un jardín a la entrada,

pequeño pero grande,

un manzano que yace seco

ahora por el grito

y el cemento.

El durazno y el naranjo

habían muerto anteriormente,

pero teníamos también

      (¡cómo olvidarlo!)

un árbol de granadas.

Granadas que salían

de su tronco,

rojas,

verdes, 

el árbol se mezclaba

con el muro,

y al lado,

en la calle,

un tronco que

daba moras

cada año,

que llenaba de hojas

en otoño las puertas

de mi casa.

 

 

                  

 

No derrumben mi vieja casa,

había dicho,

dejen al menos mis

granadas

y mis moras,

mis manzanas y mis

rejas.

 

 

Javier Heraud

Le Fleuve suivi du Voyage

traduit par Franchita Battle

Librairie François Maspero, 1971

               

 

 

 

 

 

Photographie : Gabriel Meunier

galerimaginaire.org                

 

 

 

 

 

Prière d'aubier et de racine

 

Prendre langue

et racine

en l'humus de parole

et croître

Gravir l'échelle du sous-bois

entre lichens et vesses de loup

Puis la promesse des frondaisons

des hauts feuillages

où l'arbre épais fraternise

avec le ciel de lit du dehors

et noue son espace intérieur

— Cette promesse mérite lenteur de sève

et patience et certitude d'ascendance —

 

 

Pas écraseurs sur le terreau de bois

pas citadins privés d'espaces de terre molle

puis l'alerte des limaces et des rongeurs

et mains d'enfants déchireuses

Scies mécaniques haches scies couteaux

et tous ces cris du dimanche

—  invitations au suicide des baliveaux

Il faut beaucoup de courage

quand on est arbre

pour continuer de s'aimer

et d'espérer en sa propre ramure —

 

 

Pourtant au-dedans on grandit

Multiple berger

la forêt solidaire protège son troupeau

exorcisant les ronces mêmes

et veillant

Un chant de bois vivant s'élabore

où chaque essence ourdit

un silence complice

— Mais que vienne l'heure

il se fera un grand concert

dans la polyphonie des aubiers unanimes

un cri

et l'on ne prendra plus le bois des arbres

pour dresser échafaud

ou tailler crosses de fusils !

Alors tout arbre sera poète

prenant langue

et racine

en cet humus de parole

où le pourrissement d'une seule feuille

est défi au néant

Ainsi soit-il —

 

 

 

Roland Nadaus

39 prières pour le commun du temps

Éditions Jacques Brémond, 1979

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anne-Marie ARBEFEUILLE

Hêtre au printemps - Fusain modelage

arbefeuille-photographies.com

 

 

 

 

 

Il n'y a plus de racines...

 

     Il n'y a plus de racines, pas même pour les rêves. Dans les espaces ouverts encore épargnés par les cités, rampent des steppes goudronnées résonnant d'anciennes rumeurs : plaintes des arbres abolis !

 

     Parallèles ou perpendiculaires, toutes les routes se sont rejointes dans un asphalte infini que craquèlent parfois de nouvelles nervures : la ramification de ce qu'il reste des saisons...

 

     Plaines noires où s'emboîtent de hautes tours blanches, amarrant la terre au ciel. Plaines noires peuplées de villes. Nouvelles jungles impénétrables. Lianes et serpents de béton. Routes sans route. Plaines noires de la déroute !

 

 

 

Hubert Treiber  

Les graffiti du labyrinthe

Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1982

 

 

 

 

sans titre

Evelyn Losier

Cataclysme

Peinture 20x10 in

relart.ca

Artmajeur

 

 

 

 

 

Les amandiers sont morts de leurs blessures

 

 

                                                                                 À Leïla Shahid

 

 

La Trouée de Rafah, village du nord-est du Sinaï, vient d'être détruite par les Israéliens, après que ses habitants arabes en ont été chassés. Un de ces hommes écrit à son fils.

 

 

Mon fils,

Le jour s'est arrêté dans mes rides depuis que leur machine sanglante et grise est passée sur notre maison. Elle est formidable cette voiture immense qui ouvre sa gueule pour happer le peu de chose qui nous restait : un lopin de terre, un toit et trois amandiers. C'est une machine qui fait du bruit, brille au soleil et éclate en rire saccadé quand elle triomphe des petites fleurs sauvages et fragiles qui essaient de se relever. J'ai vu ses dents jaunies par le sang de la terre se briser sur un tas de sable. Un petit vent a emporté les racines de l'arbre. Le ciel s'est baissé et les a ramassées ; je crois même qu'elles habitent un petit nuage têtu qui ne nous quitte plus depuis que nous sommes sans toit, sans patrie. Ton petit frère a couru pour sauver de la poussière lourde tes livres d'écolier. Nous avons eu peur. La machine a failli l'avaler.

Blessés dans notre terre, humiliés dans nos arbres, nous étions là tous les trois, figés et habités par une mort soudaine. Une partie de nous-mêmes, je crois la plus grande, est meurtrie ; ils nous l'ont arrachée tout naturellement, à l'aube. Nous sommes restés tranquilles ; ils ont ouvert nos plaies et nous avons bu notre mort. Elle a le goût de la sève ; ta mère dit qu'elle a le parfum du jasmin. Le ciel s'est ouvert à l'appel de l'oiseau orphelin, et nous avons aperçu un corps de lumière couvert de sang neuf. Le soleil trébuchait ce jour-là, car l'injustice froide creusait son sillon dans notre terre, notre corps.

Notre mémoire percée d'étoiles n'avait plus de citadelle : elle devenait enceinte de nouvelles blessures. En 1948, tu n'étais pas encore né. La guerre a traversé notre champ. L'olivier était calciné. Notre destin était terni par la misère, mais il avait la rage de l'espoir. Certains sont partis avec une tente pour tout bagage, d'autres sont morts.

Aujourd'hui, mon fils, nous ne savons pas où tu es. Où que tu sois, sache que nous ne sommes pas tristes. On nous dit que nos maisons sont inutiles et que nos amandiers sont ridicules. On nous dit que sur cette terre s'élèvera une ville, une ville moderne. Elle aura de belles avenues, des autobus et des chars. Elle ira jusqu'à la Méditerranée et s'appellera Yamit. Leurs machines perfectionnées avancent, avancent. Nos voisins ont reçu des cartes vertes. Ils peuvent rester chez eux quelques jours encore. Tu sais, le petit village d'Abou-Chanar, lui aussi va être détruit. La machine sanglante et grise avance, avance. On nous dit qu'il faut laisser la place à des hommes venus de loin, de très loin, des juifs venus de la Russie, mon fils.

Notre bagage est léger : un sac de farine et peu d'olives. La foudre peut descendre. Elle foulera les sables mêlés de pierres brisées et d'arbustes abattus. Elle tombera dans le vide, étranglée par les serpents de la haine. Tu te rends compte, mon fils, ils demandent aux enfants de cette terre de venir la travailler pour le compte des « nouveaux propriétaires » ! C'est la seule fois où j'ai pleuré. Je sais, tu n'aimes pas les larmes; excuse-moi si les miennes ont coulé. Mais la honte s'est amassée dans mon corps comme les pierres, comme les jours, comme les prières.

Notre terre battue par l'acier qui écrase les petits lézards, je la vois sur ton front comme une étoile, un rêve urgent qui nous rassemble. Tout change de nom. La main métallique efface les écritures sur nos corps. Des racines d'arbres attestent. Nous n'avons pas besoin de stèle. Notre mémoire est un peu de sable suspendu à la lumière. Elle est haute entre tes doigts. Nous t'embrassons où que tu sois.

 

 

 

 

Tahar Ben Jelloun

Le discours du chameau

suivi de Jénine et autres poèmes

Gallimard, 2007

 

 

 

 

Les amandiers sont morts de leurs blessures

Traduction en arabe : Comme l'olivier..., ici je resterai

 

Belal Al Herbawi

BADIL Resource Center

2013

 

 

 

 

 

Révolte

 

Un jour

les arbres aussi

en auront plein le tronc.

 

Fini

le sussurement des feuillages.

 

Ils viendront du Sud

ils viendront du Nord

Ils viendront du ciel

dévaleront les montagnes

monteront des profondeurs

gonflés de sève

chargés de graines.

 

En moins de deux

ils goberont les déserts

et viendront nous chatouiller l'âme

aux portes de nos villes.

 

Ils boiront l'eau de nos rivières

et mangeront nos pierres.

 

Nos nuits seront tapissées de fauves

Et les serpents entreront dans nos baignoires.

 

Le craquement des écorces

crèvera nos tympans

et tandis que des lianes

nous coudront sur nos couches

la mousse

mettra pied

sur nos poitrines.

 

 

 

Dagadès

Ruptures

Auto-édition, 1966

 

 

 

 

 

" Forêt "

Dessin d'enfant

Bandes de papier journal collées, cernées de noir, points de peinture au doigt

La Classe de Sandrine

 

 

 

 

 

Le champ

 

 

Peupliers, peupliers, peupliers

champ labouré de tranchées,

cheval quatre fers en l'air,

peupliers, peupliers de malheur,

puis un saule pleureur qui surgit

comme une paysanne en fichu,

puis des chênes et des aulnaies

à perte de vue,

des petits soldats ici jouaient

à perdre la vie.

 

 

Wladyslaw Broniewski

Vingt-quatre poètes polonais

traduits par Georges Lisowski

Éditions du Murmure, 2003

 

 

 

Seth et Lise

Visite du mémorial canadien de Vimy (Pas-de-Calais)

sethetlise.com

 

 

 

 

 

 
 

Présences

 

 

 

Les arbres m'ont porté la voix

D'une dangereuse présence

Qui met ma mémoire en croix

Lorsque la forêt s'obscurcit.

Derrière chaque arbre j'entends parler

D'une petite voix d'enfant :

On dirait qu'un homme oppressé

Se réinvente un langage.

Seul avec moi, j'entends monter,

Revenir la clameur paisible

D'une vie qui a arrêté

Le maléfice d'une fée.

 

Le vent passe dans les rejets

De châtaigner qu'un chevreuil broute

Au loin je crois entendre aussi

Le léger écho d'une serpe.

L'homme a rassemblé son fagot

Et s'en va pétrir la fournée ;

La femme l'attend sur le seuil

Et je sens une odeur de soupe.

Le temps, je crois, me joue le tour

De me battre le rappel

De la sève de chaque jour

Dans ma mémoire fatiguée.

 

Écoutant mieux je crois entendre

Le pas furtif de quelque armée ;

Chaque croquant vient de sortir

Une faux bien affûtée

Et monte un chant de liberté

Dans la forêt ragaillardie.

Je ne sais pourquoi je n'ai pas

Ma faux, ma fourche, ma guillade...

Je sens la révolte et l'émoi

Dans ma mémoire séculaire :

Jadis les aïeux, hier nos pères

Suivaient ici la voix du peuple.

 

J'entends le bruit de mes pas

La voix des arbres qui m'appelle

Je crois pouvoir trouver là-bas

Une résistance nouvelle...

Mais tout à coup je n'entends plus

La grande chanson délivrée :

Dans la forêt, y a plus personne

De toute vie elle s'est vidée.

Mais tendre le poing ou rêver

Ne peut pas sauver la chênaie :

J'entends le bulldozer venir

Dans la forêt désespérée.

 

 

 

 

Preséncias

 

 

Los aubres m'an portat la votz
D'una preséncia mau segura
Que bota ma memòria en crotz
Quand la forèst se fai escura
Darrièr chada aubre auve parlar
D'una pita votz de mainatge
Om dirià qu'un òme sarrat
Se torna inventar son lengatge

Solet emb eu auve montar
Tornar la clamor assuausada
D'una vita que a'restat
Lo meschaent voler d'una fada
Lo vent passa dins los gitols
De còdra que lo chabròu coda
Au luènh me sembla auvir maitot
Lo resson teune d'una poda
L'òme a fait son fais de bòi
E se'n vai prestir la fornada
La femna l'espèra au bassuèlh
E sente lo fum d'una olada
Lo temps crese me fai lo tom
De me tustar la rampelada
De la saba de chada jorn
Dins ma memoria fatigada

Mas, tot d'un còp io n'auve pus
La granda chançon desliurada
Dins la forèst i a pus degun
De tota vita s'es voidada
Mas tendre lo punh e rèivar
Ne sauva pas la jarricacla
Auve lo bulldozer 'ribar
Dins la forèst deseperada.

 

 

 

Michel Chadeuil

Poème mis en musique par Joan-Pau Verdier

Éditions Chapell 

SG

 

                  et des arbres...
   

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Bonne lecture !

Sylvie Gaté