9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 12:00
  

Ô feuille, qui légère à mes pieds viens de choir,

Par la brise arrachée, avec un doux appel

Sans doute te plains-tu d'être par moi foulée.

 

Souvent je suis passé sans songer à toi,

Pourtant pleine de vie au sommet de ta branche.

Je t'aime, feuille morte, et même tu me hantes.

 

Une amitié commune au creuset de mon âme

M'unissait à vous tous — feuille, brise, soleil —

d'un amour indistinct je vous ai tous chéris.

 

Tu n'es plus que poussière et boue, ô feuille douce ;

Tu naîtras à nouveau pour que ton harmonie

Se poursuive à mi-voix comme avant et toujours.

 

À mon tour, moi aussi, qui te sens vivre en moi,

Je tomberai sous peu, livrant mon coeur si frêle

À la fleur et à l'onde, au vent et à l'éther.

 

Mais au plus haut des cieux mon esprit dans son vol

T'emportera ravi, plein de reconnaissance ;

Et, pure idée enfin, d'un sourire immortel

 

Tu souriras au gré du sourire de Dieu.

 

 

 

 

Niccolò Tomaseo

Poètes d'Italie

Anthologie de Sicca Vernier

Gallimard, 1999

SG