19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 07:20

 

1

 

Lune

 

 

Extasiées sont restées les pupilles profanes

devant la beauté du paysage endormi.

Sont restées regardant cette douceur tranquille

du village nocturne et petit comme un nid.

 

La lune qui, dans la brume d'un ciel de cendre,

répand les clartés de sa lumière d'argent,

les maisons accolées, le clocher du couvent

portent la douce griffe de la paix champêtre.

 

Les peupliers se dressent, noirs et assoupis,

et là-haut dans leurs cimes passe un battement

ou un frissonnement de froid et de rancœur...

 

Car ils ont le désir de s'enivrer de ciel,

de sentir en oiseaux le vertige du vol

et, retenus au sol, se crispent de douleur...

 

 

 

 

Pablo Neruda

Cahiers de Temuco (1919-1920)

Traduction de Claude Couffon

Le Temps des Cerises, 2003

 

SG