19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 08:13

 

Érable vermoulu et tout couvert de givre

qu'as-tu à faire le gros dos sous la tourmente blanche ?

 

Qu'as-tu vu, dis-moi ? Qu'as-tu entendu ?

Ainsi, loin du village tu voulus faire la noce

 

et sorti sur la route, comme un vigile ivre,

tu plonges dans la congère, et souffres de gelures.

 

Ah ! ne voilà t'y pas encore quèqu'chose qui cloche,

arriverai-je jamais après notre bamboche.

 

Là j'ai croisé une saulaie... La sapinière m'a séduit...

dans la tourmente leur ai fredonné mes arias de l'été.

 

Cet érable, disais-je, c'est moi ! seulement

plein de verdeur et nullement vermoulu.

 

Hébété, perdant la boule, et toute honte bue

j'étreignis le bouleau¹ comme la femme d'autrui.

 

28 novembre 1925

 

 

¹ Bouleau ainsi que saule et sapin sont féminins en russe.

 

 

 

Sergueï Essenine

Journal d'un poète

Traduit du russe par Christiane Pighetti

Éditions de la Différence, 2004

 

 

 

sans titre
SG