7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 08:51

 

Voici l'arbre

royal et solitaire

en son ultime déploiement

de fin du jour

 

Le vent qui le traverse

y fait trembler les yeux

d'une lumière de larmes

 

L'été s'y jette à corps perdu

l'été rayonne comme un paon

Et l'arbre dit que tant de ciel

sans pesanteur

ne saurait être que

l'analogie de Dieu

 

 

 

Je caresse son écorce

Sous mes doigts une fourmilière

charrie sa crasse de cadavres

 

À mes pieds une pie ouverte

laisse voir son cœur

noir et racorni

 

Et l'arbre dit que nous sommes les frères

du rat de la mouche de l'hyène du scorpion

 

 

 

Vienne la nuit qui n'est parfois

que la lente montée d'une eau sans transparence

À marée haute on y peut voir

des essaims d'étoiles se greffer aux branches

 

Et l'arbre dit qu'il n' a plus rien à dire

qu'il n'est plus temps

et que c'est à l'oiseau posé depuis longtemps

sur la plus large la plus ancienne de ses épaules

d'avoir réponse à tout

 

L'oiseau

nul ne l'a jamais vu

À peine ne connaît-on de lui que les trois notes

d'un S.O.S. intarissable

 

L'arbre se tait

On dit qu'il souffre de son âme

 

 

 

 

Serge Wellens

Les Mots sont des chiens d'aveugle

Folle Avoine, 2001 

SG