27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 07:05

 

Ils ont un arbre qu'ils nomment "père"

et un autre dont ils sucent le lait

— dans la forêt ils ne sont jamais seuls.

 

Leurs retraites sont bâties de branchages

entrelacés de longs rubans de feuilles

— dans la forêt ils ne vont jamais nus.

 

Pour oreiller ils gardent un billot de bois creux

où se loge leur esprit pour songer

et c'est ainsi, croient-ils, que l'homme "pousse"

— dans la forêt ils parlent sans arrêt.

 

L'homme est fait, disent-ils,

"d'un tronc planté debout sur deux fortes racines,

étendant vers le ciel deux branches à cinq rameaux,

à la pointe un bourgeon où l'arbre tient ses rêves"

— dans la forêt ils saluent leurs pareils.

 

Ils vont : gestes de branches

s'arrêtent : stature de tronc

s'asseyent : appuis de souche

se couchent

comme l'arbre en son ombre.

 

(...)

 

 

Daniel de Bruycker

Ghazâls des Hu

L'Amourier, 2004 

SG