21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 06:16

 

Parfois pleurait le saule et parfois le silence

S'assoupissait — serpent — dans la chaleur des pins

Les peupliers jouaient mon âme morte ou vive

Chaque têtard des haies se voulait philosophe

Le sycomore était l'ami de mes sottises

Je luis racontais Dieu dans le cuir des bouleaux

Je luis disais mon cœur

Il en était épris

Je lui criais ma peur

Dans des touffes d'orties

Le gingko me faisait des signes chez les sœurs

Sa religiosité répandait sa ferveur

Il savait la marelle et la danse des filles

(Celle des trois cochons

Celle de Sainte-Hélène

Le ballet des tromblons, des chassepots depuis...)

 

L'alphabet s'arrêtait à la vilaine lettre

J'adressais des romans d'amour à la vilaine

Alors un vieux lézard au feu de ses lunettes

Disait de cet enfant qui picorait les mûres :

Cet ami des palétuviers est un rebelle !

Le pensionnat brûlait les arbres du poème

Et j'apprenais par cœur mes visages futurs.

 

 

 

Charles Le Quintrec

Jeunesse de Dieu

Albin Michel, 1974

SG