6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 07:10

 

Le soir les forêts automnales retentissent

D’armes mortelles, les plaines dorées

Et les lacs bleus où le soleil

Ténébreux roule ; et la nuit enlace

Les guerriers à l’agonie, la plainte sauvage

De leurs bouches fracassées.

Mais en silence s’amasse au creux du pâturage

Nue rougeâtre où loge un dieu courroucé

Le sang versé, fraîcheur lunaire ;

Tous les chemins débouchent sur de la noire pourriture.

Sous des ramures dorées de la nuit et sous des étoiles

Va chancelante l’ombre de la sœur par le bois silencieux

Saluer les âmes des héros, leurs têtes sanglantes,

Et doucement résonnent dans les roseaux les sombres pipeaux de l’automne.

Ô deuil plus fier ! autels d’airain,

Une violente affliction alimente aujourd’hui la chaude flamme du génie,

Les descendants qui sont encore à naître.

 

 

 

Georg Trakl

Expressionnistes allemands

Anthologie de Lionel Richard

Éditions Complexe, 2001

 

 

 

 

                             

     

 

Grodek

 

Am Abend tönen die herbstlichen Wälder

Von tödlichen Waffen, die goldnen Ebenen

Und blauen Seen, darüber die Sonne

Düster hinrollt ; umfängt die Nacht

Sterbende Krieger, die wilde Klage

Ihrer zerbrochenen Münder.

Doch stille sammelt im Weidengrund

Rotes Gewölk, darin ein zürnender Gott wohnt,

Das vergossne Blut sich, mondne Kühle ;

Alle Straßen münden in schwarze Verwesung.

Unter goldnem Gezweig der Nacht und Sternen

Es schwankt der Schwester Schatten durch den schweigenden Hain,

Zu grüßen die Geister der Helden, die blutenden Häupter ;

Und leise tönen im Rohr die dunkeln Flöten des Herbstes.

O stolzere Trauer ! ihr ehernen Altäre,

Die heiße Flamme des Geistes nährt heute ein gewaltiger Schmerz,

Die ungebornen Enkel.

SG