12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 07:27

 

Dans le mortel soupir de l'automne qui frôle

      Au bord du lac les joncs frileux,

Passe un murmure éteint : c'est l'eau triste et le saule

           Qui se parlent entre eux.

 

Le saule : « Je languis, vois, ma verdure tombe

     « Et jonche ton cristal glacé ;

« Toi qui fus la compagne, aujourd'hui sois la tombe

           « De mon printemps passé. »

 

Il dit. La feuille glisse et va jaunir l'eau brune.

      L'eau répond : « Ô mon pâle amant,

« Ne laisse pas ainsi tomber une par une

           « Tes feuilles lentement ;

 

« Ce baiser me fait mal, autant, je te l'assure,

     « Que les coups des avirons lourds ;

« Le frisson qu'il me donne est comme une blessure

           « Qui s'élargit toujours.

 

« Ce n'est qu'un point d'abord, puis un cercle qui tremble

     « Et qui grandit, multiplié ;

« Et les fleurs de mes bords sentent toutes ensemble

           « Un sanglot à leur pié.

 

« Que ce tressaillement rare et long me tourmente !

     « Pourquoi m'oublier peu à peu ?

« Secoue en une fois, cruel, sur ton amante

           « Tous tes baisers d'adieu ! »

 

 

 

 

Sully Prudhomme

Les Solitudes

Éditions d'Aujourd'hui, 1978 

SG