4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 07:36

 

Mon arbre chante jusqu’à la mer,

Torche en flammes et vraie torchère.

Il chante et bruit dans le couchant,

Au ras du sol, en se traînant,

Difforme de naissance et d’écorce.

Et moi, je fais corps avec sa chaise

Qui n’est autre que sa branche torse,

Nous sommes l’infirme et l’infirme biaise.

 

Nous sommes la branche basse sous le vent

Que l’auteur, celle de l’espèce, ne protège ;

Nous sommes si près de la terre noire,

Nous sommes si bizarres dans le cortège

Qu’aucun oiseau chez nous ne nidifie

Eux qui chantent jusqu’à la mer,

Eux qui nous marchent dessus

Pour n’avoir que l’aigre-doux de nos fruits.

 

Vie bloquée à la hauteur d’un enfant,

La mer aussi se convulse sous l’ouragan,

Comme se convulsent les vastes oiseaux de mer,

Torches en flammes et vraies torchères.

Je les vois qui flambent dans le couchant

Alors qu’ils promettent en remontant

Et qu’en plongeant les flammes mentent,

une aile brisée, l'autre absente.

 

 

 

Armen Lubin

Le passager clandestin - Sainte patience

Les hautes terrasses et autres poèmes

Gallimard, 2005

SG