7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 07:05

 

L'arbre était entouré de labyrinthes

Il apparaissait en rêve ou derrière une fenêtre.

Il nous excluait de la vie comme une passion étrangère.

Perdu dans sa propre mémoire

et parmi ses voix errantes

il disparaissait par les portes dérobées du matin

il apparaissait là où personne ne l'attendait

chargé de fleurs et d'abeilles

comme un prêtre qui murmure sa folie paisible

dans l'éclat d'un feu immobile.

Théâtral et lointain

il confondait la caresse et l'étreinte.

Derrière une photographie de famille il montrait

un visage hagard

fait de nuages et d'oiseaux.

Ou bien nous l'oubliions l'arbre.

Nous voyagions en chemin de fer

sur la terre irréelle.

Brusquement nous traversions le fracas

de ses chansons vagabondes

et l'arbre s'éloignait pour toujours

comme un poète dans la foule.

 

 

 

 

El árbol se rodeaba de laberintos

aparecía en sueños o detrás de una ventana

y nos excluía de la vida como la pasión ajena.

Perdido en su propia memoria

y entre sus voces errantes

desaparecía en las puertas falsas de la mañana

y aparecía allí donde nadie lo esperaba

cargado de flores y de abejas

como un sacerdote que murmura su locura apacible

bajo el estallido del fuego inmóvil.

Teatral y lejano

confundía la caricia y el abrazo.

Mostraba detrás de una fotografía de familia

un rosto azorado

hecho de nubes y de pájaros.

O bien olvidábamos el árbol

viajábamos en trenes

por la tierra irreal

y de pronto atravesábamos el estruendo

de sus canciones vagabundas

y el árbol se alejaba para siempre

como un poeta en la muchedumbre.

 

 

 

 

 

Luis Mizón

Poème du sud

et autres poèmes

Traduit de l'espagnol par Roger Caillois

et Claude Couffon

Gallimard, 1982

SG