20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 08:26

 

Dans un été tranquille,

au sommet d'un nuage,

avec un rire obscur

cette orange saignait.

 

J'ai connu bien des mains,

chacune voulait prendre

en moi ce qu'elle aimait.

Et, me pelant, chacune

m'enlevait ma patrie

qui n'est que de lumière.

 

Mais la lumière en moi

parle avec mes désirs

et je cherche toujours

les vrais liens, les vraies mains

qui me feraient mûrir.

 

Car je vis pour un arbre

qu'aucun regard ne voit,

un grand arbre à venir

pour lequel je suis née

et que j'entends la nuit

m'appeler, m'avertir,

 

m'encourager, me dire

qu'il est mon seul ami.

Un jour, il paraîtra

pour me redonner vie

et je serai son ciel

et sa graine et sa voix.

Vous pouvez me manger

vous ne m'éteindrez pas.

 

Mais les temps sont encore

si loin, si loin de moi

que, bien que lumineuse,

je me sens seule au monde

et voici que je saigne

je ne sais pas pourquoi.

 

Peut-être pour cela.

 

 

 

 

Georges Haldas

Poésie complète

L'Âge d'Homme, 2000

 

SG