22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 06:05

 

         

Ainsi jusqu'à ses pieds l'homme t'a fait descendre ;

Son fer a dépecé les rameaux et le tronc ;

Cet être harmonieux sera fumée et cendre

Et la terre et le vent se le partageront.

 

                   (La mort du chêne)  V. DE LAPRADE

 

 

                                                                            En passant...

 

 

L'on passe tout près d'elle à chaque randonnée

Et très souvent l'on voit à terre un tronçon mort ;

Les vers impitoyables sur l'abandonnée

Se jettent pour ronger toujours ce qui s'y mord !

 

Et chaque fois je songe à ce que fut l'ombrage

De ce robuste chêne avec ses rameaux verts ;

Ce qu'il sut de l'amour des hommes de notre âge,

Ce qu'il connut de noms que l'écorce a couverts !

 

L'arbre n'est plus qu'un tronc, une main sacrilège

Lui a ôté la vie au bord du grand chemin.

Seul, le vieux voyageur de son fardeau s'allège

Sur son socle ébréché, accueillant les humains.

 

Mais tel le chêne altier succomberont les êtres

Sous la hache du temps ! Ainsi va le destin :

Qui frappa le géant ne se doute peut-être

De l'heure du péril... à son dernier matin !

 

Et les ans passeront... l'homme devenu marbre

N'ayant plus de souci ni jamais de rancœur,

Près de la souche morte, seul vestige de l'arbre,

Marquera de ses os la place de son cœur !

 

 

 

 

Paul Manoury

Feuilles au vent et branches mortes

1954

SG