13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 06:08

 

                                               À Jean Orieux.

 

 

Voici la nuit qui m'éteint, me traverse

Quand de sa tête elle touche ma clarté,

Me rend gauche comme un cheval arrêté

Tremblant comme un petit chat sous l'averse.

 

Tout près de moi si les maisons s'allument,

Je me sens pris dans leur grave bonté.

Les cheminées, les cheminées qui fument

Comme une alerte qu'on n'a pas écoutée.

 

Jusqu'à l'aurore, dans ces noires racines,

Nous souffrirons  — peut-être pour mourir —

Il n'est pas trop des coqs et des clarines

Lorsque le jour viendra nous secourir.

 

Arbre italien, soliloque feuillage,

Que fais-tu là seul et grand peuplier,

Souffle où la terre devine son visage,

Ombre où la nuit vient tout nous embrouiller ?

 

Je ne sais plus. J'ai perdu mon sillage,

Le puits, le four croulant sous les figuiers.

Un peu de lune en saurait davantage :

La lune ne veut pas briller.

 

 

 

 

Maurice Fombeure

À dos d'oiseau

Gallimard, 1971 

SG