16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 07:01

 

Quand les Druides saints, couronnés de verveines,

Cueillaient le Gui sacré sur le tronc noir des chênes

Et plaçaient leurs dolmens sous vos ombrages frais,

C’est qu’ils avaient compris l’attrait plein de mystère

Que votre solitude et votre calme austère

                 Offrent aux hommes, ô Forêts !

 

Ils n’eussent pu trouver de Temple plus sublime,

Plus apte au sacrifice horrible des victimes,

Mieux fait pour dominer sur les cœurs effrayés

Que l’espace assombri de vos vastes enceintes

Où les blocs de granit servaient de Tables saintes

                 Et les vieux arbres de piliers.

 

Ils paraissaient plus grands sous vos Voûtes mystiques,

Et quand sur les plis longs de leurs robes antiques,

Un rayon de soleil furtif et radieux

Brodait, en se jouant, une étrange arabesque,

Dans ce jour vague et doux des bois, il semblait presque

                 Que ces hommes, c’étaient des dieux.

 

De ce brillant passé, quelque chose en cette heure,

Dans votre solitude erre encore et demeure ;

Velléda hante encor ses autels démolis ;

Sous les chênes aux troncs ceints de mousse et de lierres

Se dressent quelquefois des visions altières,

                 Toutes pâles dans leurs surplis.

 

Et sous le dôme noir où la feuille frissonne,

Quelque chose d’étrange et de triste résonne,

Bourdonnement, soupir, insaisissable appel.

Est-ce le vague écho d’une chanson lointaine ?

Le suprême sanglot de la victime humaine

                 Que le prêtre offrait sur l’autel ? —

 

Est-ce l’austère voix d’un Druide en prière

Qui, les bras étendus, l’œil rempli de lumière,

Se tient calme et debout sur un dolmen branlant

Et présente au soleil des Oraisons sacrées,

Tandis qu’un dernier flot d’étincelles dorées

                 Lui fait un nimbe étincelant ?

 

 

                                              Bevaix, 16 septembre 1882

 

 

 

Alice de Chambrier

Poèmes choisis

L’Âge d’Homme, 2007

SG