27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 09:38

 

L'arbre tomba puis rebondit au sol comme un arc.

La lumière s'engouffrait dans la brèche. On vit des insectes

soudain pressés d'en découdre avec l'air doré de l'automne,

on vit l'arbre perdant son eau alentour, les fourmis

qui s'y noyaient par dizaines, et peut-être aussi,

malgré la somptueuse accolade de la tronçonneuse,

l'âme du bûcheron qui voltigeait parmi ses victimes.

Il parlait tout seul.

Il cubait en maugréant.

 

Sa femme l'avait quitté deux mois plus tôt.

C'est idiot de le raconter, de le dire ici.

Les grands bois font toujours penser à la mort.

 

Un jour je prendrai ta main dans l'auto

et nous partirons.

Les insectes s'écraseront sur la vitre.

Les gouttes resteront suspendues.

Partout il y aura du sang de mouches, du sang au grand perlé,

la mucosité fulgurante des phalènes

et nous oublierons peut-être nos baisers de la clairière,

le craquement du grand vieillard végétal

son écorce fendue,

puis nos deux sèves sur les grumes,

nos deux étreintes de bourreaux.

 

 

 

Yves Bichet

Le rêve de Marie

Le temps qu'il fait, 1995

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