21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 14:00

 

S'il fallut que ces morts mûrissent

Dans la ténèbre des limons

S'ils fallut que ces morts pourrissent

Sitôt sortis de leur cocon

 

Qu'ils soient borgnes ou scrofuleux

Qu'ils soient ventrus ou rachitiques

Ces fils du diable et du bon Dieu

N'en sont pas moins le corps mystique !

 

Voici les minces les discrets

Qui jaillissent d'un puits sans fond !

Les boursouflés et les replets

Dans le vent maigre se défont...

 

Mais dites-moi les oubliés

Les mal-repus les mal-aimés

Et les princes de pauvreté

Et tous ces rois sans royauté

 

Dites-moi les simples les doux

Les sans remords les satisfaits

Dites-moi les ardents les fous

Et les larrons les imparfaits

 

Les sans amour et les sans gloire

Qui dérivent le long des heures

Et ceux qui n'ont pas de mémoire

Nus de rêves et nus de pleurs

 

Ceux que la vie n'a pas gardés

Ceux qui sont morts de solitude

Ils montent le long des étés

Dans un ciel de béatitude

 

Dites-moi dans quelle clémence

S'allongeront les âmes douces

Sous l'arbre éternel du silence

L'odeur des ombres et des mousses...

 

 

 

 

 

Robert Lorho

Si l'ombre cède

Gallimard, 1960

 

SG