11 août 2018 6 11 /08 /août /2018 06:45

 

Un bel arbre dressait sa tête vers le ciel,

Il dominait son entourage,

Il était noble et solennel

Et portait au loin son ombrage ;

Les arbustes à son côté

Faisaient piètres figures

Et bien qu'étirant leurs ramures

Ne se libéraient pas de son immensité.

« Pourquoi disaient-ils, la nature

Nous a-t-elle ainsi partagés ?

Nous sommes désavantagés,

Nous vivons dans le fond d'une caverne obscure ;

Jamais un rayon de soleil

Ne vient éclairer notre vie,

La lumière nous est ravie ;

Jamais les oiseaux au réveil

Ne nous bercent de ritournelles

Ni jamais les tourterelles

Ne viennent roucouler dans nos rameaux déserts ».

 

Grand seigneur le bel arbre écoutait sans rien dire,

Il était bien trop sire

Pour entendre sous les couverts

Les cancans de la multitude ;

Il avait perdu l'habitude

D'écouter les qu'en dira-t-on

Et la tête dans les nuages

Dominant chaumes et bocages

Nul appel ne venait troubler sa frondaison.

 

C'est pourtant lui qui paya, de sa tête,

Le soir où l'orage éclata ;

La foudre en un éclair lui tomba sur le faîte

Et par sa taille il protégea

Ceux-là qui critiquaient naguère

Sa grandeur et sa mine altière.

 

 

                         * * *

 

Il ne faut pas juger trop vite son prochain,

Ne pas croire la médisance,

Celui dont ce matin on enviait la puissance

Sera peut-être un malheureux demain.

 

                                                         15-8-80

 

 

 

Roger Bonhomme

Itinéraires

Malgogne - Angers, 1981

SG