24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 06:14

 

Ayant perdu la tête, grand-mère, un beau jour,

quitta notre logis pour aller s'endormir

dans l'arbre : elle y devint le fruit

d'un rameau dénudé, puis un oiseau,

puis la lune, elle se mit à chanter

une chanson d'enfant.

 

Ils finirent par l'emmener,

mais elle ne cessa de chanter ses désirs,

le temps de ses désirs, la violence

de ses désirs.

 

Avec sa ramure octogénaire,

sa sève servile et stérile,

son feuillage dépenaillé,

face aux quatre coins du monde, aux

quatre coins du monde, grand-mère,

 

face au silence.

 

 

 

 

Vahan Andréassian

La Poésie arménienne du Vè siècle à nos jours

Anthologie sous la direction de Vahé Godel

La Différence, 2006

SG