5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 07:46

    

                              Cherchez, cherchez, oiseaux...

                                                                         Jules Supervielle

 

 

L'arbre se changea en main qui chasse les nuages

inutilement tendue vers la lumière au loin ;

sur ses doigts se promenaient de minutieux lézards

qui guettaient entre les feuilles un souvenir obscur.

 

Des haches l'abattirent, on lui ouvrit la poitrine

à l'aide de crochets, rengaines et paumes baveuses ;

le faîte reposait son oreille sur le sol

enrobé dans sa pluie de grenouilles violacées.

 

Tombèrent le pin, l'ombú, le mauve eucalyptus,

le peuplier de lait et le saule de douleur.

On les passait la nuit par la scie ou la hache

pour tromper les oiseaux et recenser le bois.

 

(Les papillons inlassables dans le creux de l'air

de tous côtés cherchaient l'emplacement des feuilles ;

le criquet égaré déambula longtemps

et les oiseaux nichèrent dans l'image disparue).

 

 

 

 

Julio Cortázar

Crépuscule d'automne

Traduit de l'espagnol (Argentine)

par Silvia Baron Supervielle

Éditions Corti, 2014

 

SG