25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 07:02

 

Poète !  Il n'ose, ayant mis son cœur à l'école,

Sans l'appui du bâton que l'Art lui a fourré

En main, faire un seul pas  et doit rire ou pleurer

Uniquement selon précepte ou protocole.

 

Prends pour Art la Nature, et la vie pour ta soif !

Laisse donc le poltron s'abreuver au marais,

De peur, quand le Critique grave et froid l'aurait

Tué, que le Mépris ne fit son épitaphe.

 

La fleur des prés, comment, si petite et jolie,

Peut-elle oser s'ouvrir ? Parce que libre elle est

Jusques à la racine et, par là même, hardie ;

 

De même la grandeur de l'arbre en la forêt

N'a point pour cause une mise en moule formelle

Mais sa vitalité divine personnelle.

 

 

 

 

William Wordsworth

Poèmes

Traduction de François-René Daillie

Gallimard, 2001

 

 

 

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A Poet ! — He hath put his heart to school,

Nor dares to move unpropped upon the staff

Which Art hath lodged within his hand — must laugh

By precept only, and shed tears by rule.

 

Thy Art be Nature ; the live current quaff,

And let the groveller sip his stagnant pool,

In fear that else, when Critics grave and cool

Have killed him, Scorn should write his epitaph.

 

How does the Meadow-flower its bloom unfold ?

Because the lovely little flower is free

Down to its root, and, in that freedom, bold ;

 

And so the grandeur of the Forest-tree

Comes not by casting in a formal mould,

But from its own divine vitality.

 

 

 

William Wordsworth

 

SG