Par deux fois, j'ai abouti à une forêt
Une fois, je m'abandonnais
aux compagnons de l'enfance
aux yeux où je lisais le secret, l'âge
les palmes frêles
aux mains avec lesquelles j'avais joué
aux habits trempés de boue, aux chansons rares
et voilà que j'avais abouti à une forêt.
J'ai revu alors les yeux où j'avais lu
fermés au ciel de l'enfance
les mains avec lesquelles j'avais joué
tenant en guise de bambous des matraques redoutables
et des fusils en guise de branches
Où sont passés les habits trempés de boue ?
Les chansons nous ont-elles quittés
quand les hymnes nous ont assaillis ?
Ô forêt de l'enfance
comment nous as-tu attirés à toi
et avons-nous fini seuls
cherchant entre les doigts une aire de dispute
et un emplacement pour les arbres ?
Par deux fois j'ai abouti à une forêt
Une fois, je m'abandonnais
aux compagnons de l'enfance
Une autre, à moi-même
16 décembre 1975
Saadi Youssef
Loin du premier ciel
Traduit de l'arabe (Irak)
par Abdellatif Laâbi et Jabbar Yassin Hussin
Actes Sud, 1999
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