5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 07:17

 

Au creux des vallons de Larchant,

À l'heure où croissent les ténèbres,

Je m'avançais vers le couchant

Entre deux rangs de pins funèbres.

 

Leurs troncs montaient, rouges et droits,

De l'épaisseur des mousses blanches,

L'Horreur muette et les Effrois

Étaient accroupis sous leurs branches.

 

Leurs racines aux nœuds rampants

À mes pieds, sur la terre nue,

Pareilles à de noirs serpents,

Rayaient la sinistre avenue.

 

Un brouillard lourd et pénétrant

Suintait lentement du ciel sombre :

J'allais toujours vers le couchant

Entre ces deux murailles d'ombre.

 

Ô froids amants des vents du nord !

Contemplateurs des avalanches !

Pins inflexibles où la Mort

Pour nos cercueils taille des planches !

 

Quand, du haut des monts, la tourmente

Se rue entre vos rangs serrés,

Et que la chouette se lamente

Dans la profondeur des fourrés,

 

Si votre hôtesse, l'Épouvante,

Prenant au cou l'homme éperdu,

Lui montre la face effrayante

Et convulsive d'un pendu !....

 

Horreur ! sa noire silhouette

S'enlevait sur l'or du couchant,

Et deux corbeaux fouillaient sa tête !...

Ô sombres vallons de Larchant !

 

 

 

 

Charles Frémine

Floréal

A. Lemerre, 1870

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