21 mars 2018 3 21 /03 /mars /2018 16:30

 

                             à Didier Jourdren

 

 

Le cerisier a refleuri

dans le jardin

et c'est alors soudain

comme s'il brûlait

depuis toujours et à jamais.

Mais tout autour s'étend

l'espace encombré du cœur.

 

Nous le voyons

montant de la terre

et s'y tenant enraciné

quand nous — ici —  sommes jetés

dans l'illimité.

 

Et il demeure là-bas

— chose du monde mais lointaine —

offert à tous et fleurissant

pour rien, pour personne

—  mais fleurissant !

Ce qu'il éclaire c'est notre absence

et cette façon de toujours perdre

ce à quoi nous tenons.

 

Oublierait-on les bornes de l'espace

et les signes du temps, qu'il viendrait

peut-être fleurir en nous.

Mais nos yeux d'exilés le quittent

et il disparaît de l'horizon

où, à peine posés, nous continuons d'aller

de biais dans un temps sans saison.

 

Nous n'aurons su qu'un court instant

lui accorder asile dans nos regards

ouverts à tous les vents,

où passe, irrémédiablement,

ce qui s'en va de notre vie,

 

S'il est un arbre qui soit nôtre

c'est celui, vaste et nu, de la mort.

Être — cela nous l'ignorons.

Nous sommes mourant sans cesse

et nulle neige ne peut jamais

pour nous renaître en feu.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Hameury

Exils

Folle Avoine, 1995

SG