27 juin 2022 1 27 /06 /juin /2022 19:00

 

Là sous la colline

se cachent forêts et ferrailles

granges abattues comme herbes folles

lacs ruisseaux cailloux surgissant de la terre et devenant

falaises

se cachent oiseaux morts et renards oubliés ou abattus

comme granges

ensevelis

 

Au-dessus

dans la lumière

l'éclat doré des mélèzes

 

Mais un craquement de débâcle et de ruines grondantes

l'arbre pieds et poings liés jeté à la foudre

au gel des pluies de l'hiver

et le parfum moussu du lit des branches

arraché par les vents

traversent l'aube le jour la nuit dans un chatoiement de voix

l'arbre cannelures et les oiseaux enfuis jacasseurs et criards

l'arbre maintenant écorce de suie et collerette de givre

refuge des beaux papillons

encore étonné foudroyé abattu

l'arbre immobile

 

 

                                                 *

 

 

mes doigts glissent sur le tronc et croient sentir ce roulement, ce

grondement sourd des eaux libres jaillissant de la moelle, mes doigts

en une pression fine sur le papier prennent l'empreinte de l'écorce et

s'approchent de mes lèvres de ma langue pour goûter cette suie pourpre

et folle

 

 

                                                  *

 

 

dans son cercle d'écorce et crin de cheval

au claquement fougueux de sabots

le sang de la sève sourd

hennissant

dans son désir pourpre et sauvage de lumière

en larges enjambées sous les pins

dans les voix hypnotisées de la pinède bleue

 

Ainsi cette brûlure dans l'aube

fait l'arbre s'abreuvant aux terres australes du sous-sol

croisant et entrecroisant ses racines touchant racines de glace

touchant racines de bananiers

crêtes d'océans

humus glaiseux de la mort des hommes

 

Dans le creux humide de la terre

l'arbre fossile aligne au cordeau souches et mort-bois

pour des œuvres nouvelles

 

 

                                                  *

 

 

j'avance à pas muets dans l'ombre bavarde guettant sans le faire voir

les oiseaux cachés moqueurs à pattes jaunes et bec vermeil pour

trouver leurs nids et pour manger les œufs

 

 

                                                   *

 

 

L'arbre couché brûlé mort gelé de l'hiver

abattu par les hommes et les tempêtes d'avril

tremblant encore de la première cognée

trahison du gel ou de la pluie brûlante

dans son premier souffle d'arbre levé

s'arrachant des eaux neuves où rugit la lumière

d'abord corail puis frondaison

l'arbre lumineux

garde enfouis dans sa mémoire les objets sous la colline

les souvenirs d'oiseaux et leurs vastes migrations

le renard

et l'amour perdu

 

 

                                                  *

 

 

sous les arbres un tapis frais et odorant recouvre le sol mes mains mes

doigts rassasiés du pillage des nids oublieux des fruits cherchent à

plonger telles des racines sonores et plus loin et de l'autre côté là pour

rejoindre quelque sève ligneuse devenue arbre de mestre ou papier ou

maison

 

 

 

                                                                              (Dunham, été 2002)

 

 

 

France Mongeau

Bacchanales n°29  

Revue de la Maison de la Poésie Rhône-Alpes

Écrits des Forges

https://francemongeau.net

 

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