13 décembre 2022 2 13 /12 /décembre /2022 08:20

 

    Il y a belle lurette que je sais que l’arbre n’est pas que racines, tronc, branches et feuilles. Tous ces agencements sont pour qu’advienne la beauté éthérique de la fleur et enfin l’apothéose avec le fruit. Ce dernier est à la fois aboutissement, rebondissement et promesse, avec la graine, d’un renouveau incessant, entretenu par ce grand mystère que nous appelons la vie.

   

    Pour accéder à cette perception tout en reconnaissant son mérite, il faut s’affranchir du savoir du botaniste. Il faut avoir un regard silencieux, car il dit plus que toute parole. Si vous avez la chance de contempler ses ramures hivernales sur fond de soleil levant ou couchant, vous aurez le privilège d’admirer une magnifique dentelle. La nuit, en s’affirmant, imprimera dans votre mémoire un instant d’éternité.

 

    Certains primitifs, vous savez ces attardés de l’évolution qui n’ont ni voitures, ni avions, ni électricité, ni frigos, ni télévisions et encore moins de smartphones et autres prodiges, savent que l’arbre est la résidence d’un esprit. Ils tenaient ce héleur de nuées pour un être bénéfique, reliant la terre et le ciel et pas seulement parce qu’il nous réchauffe de son bois, nous permet de construire nos abris, de cuire nos aliments, de vaquer sur les océans avec nos navires, et tant d’autres privilèges banalisés par l’usage et le temps. « Auprès de mon arbre, je vivais heureux », chantait un troubadour des temps modernes.

 

    En faisant advenir l’être humain pour en être admirée, la planète Terre ne pouvait pas savoir qu’elle commettait une terrible erreur. Cette créature tardivement advenue, verticale, érigée sur deux pattes avec une tête sphérique semblable à une planète, allait la dépouiller de sa somptueuse fourrure forestière et lui infliger des calvities devenues ses déserts ; si chers aux mystiques pour leurs retraites solitaires et aux poètes pour leurs envolées lyriques mais si désastreux à la vie. Hélas, aujourd’hui, cette malfaisance ne fait que croître sans embellir. Ses outils monstrueux en main, l’être humain va, dans sa démence, rasant la sphère terrestre par dévotion au dieu Mammon. Il faut bien que la croissance économique se fasse pour entretenir un monde sans joie. Car l’Homo economicus n’a pas de sentiment, il n’a que la raison sonnante et trébuchante. Il vaque triste et dépité, tétanisé par ses terreurs. En exterminant les arbres, il continue à scier la branche sur laquelle il est assis. En détruisant le refuge des oiseaux, il n’aura plus que le silence des tombeaux.

 

    Dans mes songes tranquilles, s’impose à ma mémoire un arbre sur une colline. Nous sommes dans mon oasis natale au sein d’un immense désert. Partout, il n’est que sable et rocaille, le vide à l’infini. Cet arbre était un rescapé d’une extermination millénaire ayant échappé à la dent animale, au fer dont la main humaine est dotée pour construire et détruire. Il semblait être en prière, celle que les mystiques prononcent dans la vacuité, dans leur quête d’absolu. L’arbre semblait jour et nuit implorer le divin d’ouvrir notre conscience à la majesté de la vie. Ni les tempêtes de sable, ni les dards plus que nulle part acérés du soleil n’ont eu raison de son courage. Je ressens encore le bien-être qu’il prodiguait avec son ombre lorsque nous voulions, mes petits camarades et moi, tels des moineaux espiègles et innocents, échapper au brasier aveuglant d’un soleil impérial, parfois tyrannique. Il était souvent une étape hospitalière aux oiseaux migrateurs harassés de leur long voyage dans un ciel en feu. Je me demande par quel miracle cet arbre bourdonnant donnait encore plus d’épaisseur au silence. En abolissant et en bravant le temps, il rendait insignifiantes et éphémères nos agitations apeurées et stériles. En affirmant avec une évidence irrévocable que ce n’est pas le temps qui passe mais nous qui passons, il nous invitait à faire de chaque instant un moment jubilatoire.

 

    Avec ce florilège dédié à l’arbre, Luciano Melis a confectionné un bouquet de songes ; qu’il en soit ici remercié. Ce bouquet invite à la méditation par la seule admiration silencieuse.

 

 

 

 

Pierre Rabhi

 

 

Préface de « l'arbre philosophe » de Luciano Melis

 

                  et des arbres...
   

Abricotier     Acacia    Alisier     Aloès     Amandier    Arbre à soie    Arbre de Judée    Arganier  Aubépin   Aulne    Baobab    Bouleau    Caroubier    Cactus     Cédratier    Cèdre    Cerisier    Charme   Châtaignier    Chêne    Citronnier    Cocotier    Cognassier     Cornouiller    Cyprès    Érable      Eucalyptus    Figuier    Flamboyant    Frêne    Ginkgo   Grenadier    Hêtre   Hévéa   If    Laurier    Lilas    Magnolia    Manguier    Marronnier    Mélèze    Mélia azédarach    Micocoulier     Mimosa    Mûrier-platane     Niaouli    Noisetier    Noyer     Ombú    Olivier    Oranger    Orme    Palmier    Pêcher    Peuplier    Pin    Plaqueminier    Platane    Poirier    Pommier   Prunier    Robinier    Santal    Sapin    Saule    Séquoia    Sophora    Sorbier    Sureau    Sycomore    Teck    Térébinthe    Tilleul    Tremble    Tulipier

 

Feuille

Forêt

À ce jour, 1482 poètes, 3203 poèmes

et de nombreux artistes ...

Bonne lecture !

Sylvie Gaté