Grands marronniers de la terrasse,
Si fiers de vos splendeurs d’été,
Montrez-vous à moi dans la grâce
Qui précède votre beauté.
Je connais vos riches livrées
Quand Octobre, ouvrant son essor,
Vous met des tuniques pourprées,
Vous pose des couronnes d’or.
Je vous ai vus, blanches ramées,
Pareils aux dessins que le froid
Aux vitres d’argent étamées
Trace la nuit avec son doigt.
Je sais tous vos aspects superbes,
Arbres géants, vieux marronniers,
Mais j’ignore vos fraîches gerbes
Et vos arômes printaniers…
Adieu ! je pars, lassé d’attendre ;
Gardez vos bouquets éclatants !
Une autre fleur, suave et tendre,
Seule à mes yeux fait le printemps.
Que mai remporte sa corbeille !
Il me suffit de cette fleur :
Toujours pour l’âme et pour l’abeille
Elle a du miel pur dans le cœur ;
Par le ciel d’azur ou de brume,
Par la chaude ou froide saison,
Elle sourit, charme et parfume,
Violette de la maison !
Théophile Gautier
Émaux et Camées
La Fleur qui fait Le Printemps
Lemerre, 1890
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