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Oh ! Ces ormes, je les ai regardés tant de soirs, depuis l’heure où les incessantes mobilités du soleil couchant les épousent tour à tour, jusqu’au complet enténèbrement de leurs formes indécises et douteuses ! J’ai vu frissonner si doucement leurs petites feuilles lasses au frôler imperceptible de la nuit venante ! Je les ai trouvés si beaux, si pleins de fraîcheur, de soupirs et de chants d’oiseaux, qu’à la fin je me suis pris à les aimer, et, à la retombée du jour, je vais souvent rêver à leur grande ombre, assoupi dans l’herbe veloutée. Alors, au souffle du soir, chaque petite ramille envoie lentement de tout petits adieux verts au soleil mourant ; chaque petite feuille sombre commence à vivre une vie de mystère et de repos. À cette heure surtout, je les aime, les ormes, dans ce petit coin de la grande patrie canadienne, tout embaumé de la poésie des soirs et de la paix des nuits ! Je les aime pour les façons hardies dont ils se découpent sur le vitrail bleu de nos soirs laurentiens ! Je les aime pour la paix qu’ils jettent à pleine feuillée sur le sol natal ! je les aime pour les ombres bénissantes dont ils couvrent nos maisons et nos champs ! Et je les aime encore, les très vieux ormes, parce que dans leurs grands bras, ils étreignent tout un passé qui ressuscite et revit quand le reste s’endort. Ils ont vu ; ils se souviennent ; et, dans les profonds murmures dont tressaille leur cime, on croit entendre comme le bruit que fait un peuple qui marche, s’avance et grandit. |
Jean des Rapides
Le pays Laurentien
novembre-décembre 1917
G. Malchelosse, Montréal
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