Frémissant sous ton poids de secrètes souffrances
Dans le soir transparent enrobé de douceurs,
Penche-toi sur l'étang pour humer ses fragrances,
Penche ton désespoir vers les algues, tes sœurs.
Parmi le clair de lune où les cygnes s'effleurent
Verse les pleurs d'argent de ton corps torturé,
Et cherche aux golfes d'ombre où les nymphes demeurent
L'écho d'un autrefois que l'onde a murmuré.
Penche-toi pour cueillir l'intime odeur des mousses,
Vapeur suave née aux abîmes songeurs,
Qui meurt en s'exhalant au creux des vagues douces
Et grise les tribus d'insectes voltigeurs.
Et si glisse en silence un cygne qui se cambre,
Lisse lascivement son glissement neigeux,
Et soupire après lui sur les paillettes d'ambre
Où la lune en tremblant mêle à l'ombre ses jeux...
Mais le cygne se perd parmi les hautes herbes...
Comme toi, nous aussi, dans nos jeunes candeurs,
Nous avons caressé des mirages superbes...
Et quand nos souvenirs évoquent leurs splendeurs,
Dans notre âme profonde où plus rien ne demeure
Que l'effluve incertain des espoirs révolus,
Comme toi l'on se penche et comme toi l'on pleure
Sur les rêves noyés qui ne revivront plus.
Jean-Christian Maquin
Choix de Poèmes I
Les Éditions La Bruyère, 1991
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