LÉGENDE
Le soir vient dans la forêt sombre,
Sur les rameaux l’oiseau s’endort ;
Mais un éclair a rayé l’ombre.
Et le vent siffle avec effort.
Soudain la forêt s’illumine
D’une fantastique clarté :
Un bûcheron à fière mine
Apparaît, la hache au côté.
Hardi ! bûcheron, brandis ta cognée,
Et dans la forêt du temps féodal
Pour venger enfin la plèbe indignée,
Frappe sans pitié les arbres du mal !
En passant auprès d’un grand chêne
Le bûcheron s’incline et dit :
« Le Peuple a su briser sa chaîne, »
Et le pauvre n’est plus maudit. »
Le chêne est l’arbre d’espérance,
Droit et fier il peut se dresser ; »
Mais c’est l’arbre de l’Ignorance * »
Que je veux enfin renverser. »
Le bûcheron s’arrête encore
Devant un sapin tout en deuil,
En disant : « Tu vois notre aurore »
Et tu nous suis jusqu’au cercueil. »
Mais dans son voyage éphémère, »
Pour que l’homme ait plus de gaîté, »
Il faut que l'arbre de Misère »
Sans retard soit décapité. »
Le bûcheron a fait son œuvre.
Il sort joyeux de la forêt.
En écrasant chaque couleuvre
Qui, sous son pied puissant, paraît.
Alerte il franchit la clairière ;
Et puis, comme un bon ouvrier.
Baigne son front dans la rivière,
Et s’endort sous un peuplier.
Hardi ! bûcheron, brandis ta cognée,
Et dans la forêt du temps féodal
Pour venger enfin la plèbe indignée,
Frappe sans pitié les arbres du mal !
Hippolyte Ryon
Le Coup de feu : revue mensuelle,
politique, littéraire, artistique
septembre, 1885
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