6.
| Cette nuit-là, dans les grands pins, je crus bien me perdre. L'avertissement de la psalmodie m'avait éloigné, à plusieurs reprises. Maintenant, la lune, à l'est, traçait dans les bruyères des chemins illusoires. J'en avais emprunté plusieurs, qui s'arrêtaient en se moquant de moi. Puis j'insistai dans une direction blanche. Mais pour m'effondrer, à la longue, au pied d'un chêne épais et plus sûr. Comme on me l'avait depuis longtemps enseigné, il convenait alors de fermer les yeux, de dormir si possible, pour retrouver ses esprits. La lune, haute tout à coup, me découvrit une large jonchée de ces fleurs blanches de marécage, et une étendue de bruyères mauves rayonnante ; des lichens roses et vert cendré éclairaient les troncs des chênes. Je comprenais, ébloui. Très au loin, un chant suraigu de coq me disait de ne pas bouger de cette fête. |
Bernard Manciet
L'eau mate
La Nouvelle Escampette Éditions, 2017
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