24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 07:23

 

       Dans un jardin, près d'un ruisseau,

       Deux Sauvageons du même âge,

Respirant le même air, nourris de la même eau,

Déjà forts, déployaient autour d'eux leur feuillage.

« Pourquoi ces arbrisseaux seraient-ils délaissés ?

« Dit le maître à ses gens. Ce serait grand dommage

« Que des arbres si verts et si bien élancés,

   « Ne portassent qu'un fruit sauvage.

« Que l'on greffe à mes yeux l'un des deux en ce jour ;

   « L'autre, demain, aura son tour. »

 

       Soudain on se met en besogne,

       On coupe, on scie, on taille, on rogne,

Et la branche gourmande et le trop long rameau

Tombent en un clin d'œil sous le tranchant ciseau.

       Puis une main habile insère

Sur la branche coupée une tige étrangère.

       Dès que l'on fut parti :

       « Ma foi, mon cher, te voilà bien loti,

« Dit l'autre Arbre ; j'admire ici ta patience.

« Tu n'as plus de toi-même aucune ressemblance !

« T'avoir ainsi tondu !... c'est une indignité !

« Si je n'étais témoin de la métamorphose,

« Je te méconnaîtrais après semblable chose.

« Et tu pus endurer d'être ainsi maltraité !

« Le tout pour contenter les goûts d'un hypocondre !

       « Ce n'est pas là mon fait,

« Et ne suis pas d'avis de me faire ainsi tondre.

   « Je tiendrai ferme. » Il tint ferme, en effet :

En vain, pour entamer une branche menue,

Notre homme impatient s'échauffe, souffle, sue,

   L'Arbre tient bon, serre, durcit sa peau,

La rend impénétrable à la scie, au ciseau.

       L'homme enfin se retire,

       Et l'Arbre de sourire.

 

       Bientôt le rieur est surpris

De voir que son voisin qui causait son mépris

       Se couvre de feuilles plus belles,

Qu'un fruit vermeil s'attache à ses branches nouvelles,

Que chacun le chérit pour ses fruits savoureux.

Il reconnaît sa faute. Il est plus malheureux ;

Comme il nuit au jardin par son ombre inutile,

On l'arrache, on le jette en un champ peu fertile,

Dans un sable brûlant, sur un âpre caillou,

Heureux, pour y languir, de rencontrer un trou.

 

C'est l'éducation, ce n'est pas la naissance

Qui parmi les mortels met quelque différence.

 

 

 

 

J. Héré

Fables, publiées au profit des indigens, par

Imprimerie de Tilloy (Saint-Quentin), 1830

SG

 

                  et des arbres...
   

Abricotier     Acacia    Alisier     Aloès     Amandier    Arbre à soie    Arbre de Judée    Arganier  Aubépin   Aulne    Baobab    Bouleau    Caroubier    Cactus     Cédratier    Cèdre    Cerisier    Charme   Châtaignier    Chêne    Citronnier    Cocotier    Cognassier     Cornouiller    Cyprès    Érable      Eucalyptus    Figuier    Flamboyant    Frêne    Ginkgo   Grenadier    Hêtre    If    Laurier    Lilas    Magnolia    Manguier    Marronnier    Mélèze    Mélia azédarach    Micocoulier     Mimosa    Mûrier-platane     Niaouli    Noisetier    Noyer     Ombú    Olivier    Oranger    Orme    Palmier    Pêcher    Peuplier    Pin    Plaqueminier    Platane    Poirier    Pommier   Prunier    Robinier    Santal    Sapin    Saule    Séquoia    Sophora    Sorbier    Sureau    Sycomore    Teck    Térébinthe    Tilleul    Tremble    Tulipier

 

Feuille

Forêt

À ce jour, 1243 poètes, 2800 poèmes

et de nombreux artistes ...

Bonne lecture !

Sylvie Gaté