29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 07:58

 

Vaguement étranges, obscènes un peu,

Atteints d'une maladie d'épaisseur,

Eléphantiasis phallique.

Mais tourmentés, figés

Dans leurs gestes trop courts,

Leurs palmettes de feux d'artifice

N'illuminent rien

Que l'abîme de leur tronc caverneux,

Où la fibre se noue

Sur une sécheresse sublime,

Une prodigieuse endurance, qui

Fabrique de la sève avec rien,

Avec une goutte de vapeur

Sans existence.

Figés dans leur errance,

Comme un troupeau d'éléphants

Qui aurait pris racine,

Ils en ont l'écorce grise et rude,

Ils ne sont dans cette savane

Qu'un prétexte, une présence

Insolite, trouant le paysage austère,

Faisant semblant d'être des arbres.

Ils cherchent leur route.

 

Arrachée la tête, il reste debout

Et ses bras suffisent à exprimer une indifférence

Superbe aux ravages des tornades.

 

Combien en ai-je vus de ces mutilés

Qui prolongent une existence pathétique

Au bord des routes où leur geste rompu

Indique encore la grandeur de ce qui fut.

 

D'autres bourgeonnent sans feuille

Comme si un accès de sève s'était durci

Au lieu de s'épanouir

Et le gonflement insolite des rameaux fibreux

Ressemble à des moignons terribles

Qui se voudraient des branches.

 

D'autres encore, fabriquent comme au hasard

Une abondance de tiges minces

Comme un bouquet qui aurait perdu ses fleurs,

Des féeries de jadis, l'image sans couleur.

 

Dans la caverne, fracture, sommeillent

Des espoirs béants, l'aventure

Est de descendre au fond du tronc

Éclairé par les candélabres des branches.

Où est l'abîme et l'eau profonde ?

Les bras du baobab

Ne t'empoigneront pas pour un départ secret.

 

Le conte est fini, ces gros bras d'hercule de foire

Gonflés de soupe se couvrent de poussière.

L'aventure d'Adam,

Le jardin des Hespérides s'éloigne,

Toi seul, au fond de toi, tu peux connaître l'ombre

Des labyrinthes, et la convulsion des branches

Reste, le signe à retrouver, l'écriture, la fixation

D'une parole ancienne ouvrant l'abîme et l'eau profonde

Sous l'écorce.

 

Il y avait en lui cette grandeur,

Cette ampleur, cette force noueuse

Qui soulève les branches, qui déplie les rameaux,

Enfonce les racines au plus profond,

Cet effort, éclatement, explosion jusqu'au ciel.

 

Il y avait en lui cette courbure,

Cette jointure qui arrondit le bois

Et qui lisse le tronc,

Il y avait en lui la création d'un monde.

 

Il est là, épaissi, un peu grotesque,

Enlisé dans sa force comme un buffle pétrifié,

Un éléphant qui ne sait plus à quoi bon la forêt

Et le bon goût des feuilles.

 

 

 

René Ferriot

50 Ans de Poésie

France Europe Éditions, 2003

 

 

 

 

 

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