Ah tout est arbre devenu,
Colère, orgueil, douceur amie.
Tout ce que j'aime dans la vie
En bois, en feuillage se mue,
En un feuillage patient
Toujours sous des vents différents.
Mais serait-ce pour satisfaire
Mon cœur enfoncé dans la chair
Vivant d'un bruit sourd de cognée
Comme au fond de quelque forêt,
En attendant que sous la terre
Allant vers le noir, il se mue
En quelque racine de plus.
Comprenez-vous, ô disparue,
Au fond des forêts enfouie,
Et je ne sais où m'adresser ...
Serait-ce à la boule de gui,
À ce feuillage à peine né,
Ou bien à la branche pourrie,
Vous qui dans le léger du soir,
N'êtes peut-être qu'un regard
Rien de plus pour vous souvenir
Une main douce à faire peur,
Avec un reste de chaleur
Qui sous la terre s'éternise.
Jules Supervielle
1939 - 1945
Collection blanche
Gallimard
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