L'odeur des origines monte
Avec lenteur de la terre écorchée,
Elle est dans l'obscur charnier des tourbières,
La rouille rose des lichens
Et le feu mauve des bruyères,
Elle est dans la douce écorce des bouleaux,
La constellation de leur feuillage
Bruissant de frissons prophétiques.
Les falaises de tourbe, les pins fracturés,
Semblables aux gibets du souvenir,
Parlent un vieux langage végétal
Parmi la verdure de mousse et de myrtilles.
Le sang violacé des racines coule
Dans le sillage étincelant des genêts
Et la benoîte, le long des marécages,
S'empourpre au miroir du crépuscule.
L'arbrisseau surprend à travers ses meurtrissures
Le vent lointain de la Divinité.
Silencieuse auprès des premiers gouffres
Du soir, la forêt soudainement s'élève
Comme un vaisseau gigantesque
Surgi de la mer orageuse des légendes.
Marc Eigeldinger
Les Chemins du Soleil
La Baconnière, 1971
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