La nuit de la floraison,
en une seule heure de plénitude qui ne se répètera jamais
il fleurit et reste en sa beauté
comme un feu qui ne brûle pas,
dans une flamme légère et précieuse.
Cette beauté entière
parfaite dans son ordre, jaillissante,
comme elle est pitoyable dans sa douce majesté, sa générosité,
son pardon.
Elle a les gestes sûrs d'une jeune reine,
d'une jeune mariée dans une salle claire parmi les visages tendres
et amusés de ses cousins.
Mais nous, debout sous l'arbre,
nous qui ne pouvons sourire,
nous ne sommes pas seuls cette nuit-là.
Car frémissant dans l'adoration de cet épanouissement insolite,
cette quintessence de plusieurs jours et de tout l'être :
racines, fibres, nerfs,
nous sentons qu'à côté se dresse
le Temps.
Anna Świrszczyńska
Cahiers bleus n°3, 1991
François Augiéras
Petit arbre rond
Huile sur carton, circa 1957
/image%2F1177614%2F20260306%2Fob_30a611_printemps-des-poetes-2026.jpg)