17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 06:05

 

                                                                       Pour Nicholas Nabokov.

 

 

Sylvain signifiait sauvage dans ces bois primitifs

Qu'aimait tant dessiner Piero di Cosimo,

Où les corps nus, les ours, les lions, les truies aux têtes féminines

Se chevauchaient, se massacraient et se mangeaient tout crus,

Sans songer à domestiquer le buisson embrasé par la foudre,

Mais fuyaient la flamme utile, tout ahuris.

 

Réduits à des arpents, terres de châtelains aimant la chasse,

Des villages avec des fours et un pilori,

Ils se parlaient tout bas de feux très peu sociables,

Bien que Couronne et Mitre aient avisé leurs sottes ouailles

D'approuver les rythmes rebattus du pâturage

Et d'abhorrer le dérèglement des bosquets.

 

Les intentions coupables sont toujours en quête d'un hôtel

Qui ne demande et ne fournit aucun détail ;

Tel est un bois, et il y ajoute certain charme

Et plus d'une semi-innocence, perdue,

A accusé ses rossignols qui, alentour,

Chantaient si doucement l'heureuse avidité.

 

Ces oiseaux n'ont rien fait de tel, bien entendu,

Et pour la nature sylvestre, si l'on prend

Une photo d'un pique-nique, ah ! combien minable

Et vulgaire d'aspect la Bande paraîtra

Près de ces vastes vies qui n'en ont jamais pris aucune

Et ne craignent ni dieux, spectres, ni belle-mère.

 

Parmi ces cercueils pour un de ces jours,

Le Public peut (il ne peut pas sur une côte)

Brider son œil chasseur de jupes, d'occasions,

Et où un philologue austère pourrait-il

Se détendre, sinon au sein du monde ombreux

Qui fournit la matière de ses recherches ?

 

De vieux bruits rééduquent l'oreille endurcie

Lorsque l'ancêtre vert de Pan lance soudain

Une rafale de Morse indéchiffrable,

Que les coucous se moquent en gallois et les colombes se plaignent

En anglais campagnard de tout ce qu'elles font

Pour élever leur moderne famille de deux.

 

Ici ou là, quelque élément qui se défait,

Un fruit en pleine force, une feuille mourante,

Émet les mots secrets réservés à la chute

Et l'homme actuel, à travers sa peine présente,

Entend, plus ou moins près, la plus ancienne de ses joies,

Exactement comme autrefois, le bruit de l'eau.

 

Une forêt soignée implore la grâce de Notre Dame ;

Quelqu'un n'est pas dégoûté, ou du moins

Fait des paris sur cette race humaine

Qui conserve assez de décence pour durer ;

Les arbres rencontrés durant un tour à la campagne

Révèlent bien des choses sur l'âme d'un pays.

 

Un petit bosquet massacré jusqu'au dernier frêne,

Un chêne au cœur pourri, vendent la mèche :

Cette grande société est en train de sauter ;

Ils ne nous auront pas avec toute leur vitesse,

Ce qu'ils coûtent les uns aux autres et aux dieux.

Une culture vaut ce que valent ses bois.

 

 

 

 

W.H. Auden

Poésies choisies

Traduction de Jean Lambert

Gallimard, 2005

SG

 

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Sylvie Gaté