29 mars 2026 7 29 /03 /mars /2026 07:00

 

 

 

 

 

Dans la fine clarté de l’aube qui s’éveille,

Sous la fraîcheur timide de nos étés charmants

Se dresse tout puissant l’immense « Mandelier ».

C’est un arbre dont les racines

S’enfoncent profondément

Dans les grottes obscures de l’océan,

Un arbre dont le tronc dur et ferme

Défie les injures du temps,

Un arbre dont les branches solides

S’étendent gracieusement vers le ciel clair et pur,

Un arbre dont l’écorce épaisse

Renforce la résistance,

Un arbre dont les feuilles noires et blanches

Papillonnent au rythme du tam-tam,

Un arbre dont les grappes pesantes

Regorgent de « Mandela »

Fruit savoureux au goût de la liberté

Que produit à profusion

La terre sacrée d’Afrique.

Sous l’ombre de cet arbre de l’espoir

Nous cultivons l’entente, l’amitié et la paix

Pour le plus grand bonheur

De notre nouvelle Afrique.

 

 

 

 

Ali Mlinde

Anthologie d'introduction

à la poésie comorienne d'expression française

par Carole Beckett

L’Harmattan, 1995

 

 

 

 

 

Je rêve d'un arbre

Statue du Nèg Mawon (ou l'arbre de la liberté)

Khokho René-Corail et Alberto Lescay

Le Lamentin, Martinique


 

 

 

 

 

Aucun mystère

ni enfantillage

 

mais une raison qui dure

comme l'enfance

 

une insoumission

qui brille au milieu des arbres.

 

 

 

 

Christian Viguié

Petites écritures

Rougerie, 1996

 

 

 

 

Photographie : Olivier Chatelain

 

 

 

 

 

 

 

Chaque nuit, le bouleau
Du fond de mon jardin
Devient un long bateau
Qui descend ou l'Escaut
Ou la Meuse ou le Rhin.
Il court à l'Océan
Qu'il traverse en jouant
Avec les albatros,
Salue Valparaiso,
Crie bonjour à Tokyo
Et sourit à Formose.
Puis, dans le matin rose,
Ayant longé le Pôle,
Des rades et des môles,
Lentement redevient
Bouleau de mon jardin.

 

 

 

Maurice Carême

 

 

 

 

 

Nikolai Astrup

Matin de mars 1920

1920

 

 

 

 

 

 

À l'aube de l'indépendance tu existas.

Toi, notre bel arbre,

De qui es-tu l'invention ?

De qui es-tu l'incarnation ?

 

Parlerai-je de miracle ?

Ce serait ironique !

Parlerai-je d'un big-bang ?

Ce serait utopique !

Mais plutôt la marque de l'amour de Dieu.

D'un amour profond de Dieu pour l'Afrique.

 

Sous toi, nos rêves se sont réalisés ;

Sous toi, nos peines ont été apaisées ;

Sous toi, nos sages se sont regroupés ;

Sous toi, nos patriarches se sont concertés ;

Sous toi, des décisions ont été prises pour construire et faire

grandir notre Afrique ;

Sous toi, nous jeunes africains, devrions être formés.

 

Formés pour connaître les théories ancestrales,

Formés pour mieux connaître nos origines,

Formés pour vivre.

Où es-tu notre bel arbre ?

Qui t'a dissimulé notre joyau ?

Qui t'a déracinée, toi notre amulette ?

Qui t'a envoyée dans les oubliettes ?

 

Que l'Afrique te rende hommage  

Pour le Cameroun, sois comme un adage

Et pour la tribu Béti un présage.

 

 

 

Charline Berthe Ebe Evina

Renaissance africaine

Poèmes

Harmattan Cameroun, 2012

 

 

 

   

 

 

Doual'art

Doual’art

Centre d’art contemporain

Douala, Cameroun

 

 

 

 

 

 

Le rêve de l'artiste

Est d'être l'arbre

Qui rassemble et mûrit

Les fruits tombés trop tôt

Être l'arbre et son ombre

Les branches et le soleil

Le parfum et le chapeau de paille

Être libre

La mémoire en fuite

Et les moineaux déroutés par le vent.

 

 

 

 

Tahar Ben Jelloun

Douleur et lumière du monde

précédé de Que la blessure se ferme

Gallimard, 2022

 

 

 

 

 

 

L'oiseau libère l'arbre

où le soleil

va mûrir un fécond silence

 

Remontant la veine et l'aubier

même la mort

cherche une issue vers la lumière

 

 

 

 

 

Jean-Vincent Verdonnet

Les Hommes sans Épaules

n°20, 3ème série, 2005

 

 

 

 

 

 

Parfois le poème pousse comme un jeune arbre

Fragile, ivre du moindre vent,

Des souffles de la nuit,

Des embruns de la mer.

Je parle de poèmes qui ont toujours couché dehors,

Dans le sable, le limon,

La langue des forêts,

Les canots périssoires.

Parfois le poème a poussé ses belles phrases

Dans les arbres.

 

 

 

Jean Jacques Dorio

Poésie : mode d'emploi

 

 

 

 

 

 

 

Voici venir l'arbre, c'est l'arbre

de l'orage, l'arbre du peuple

Ses héros montent de la terre

comme les feuilles par la sève,

et le vent casse les feuillages

de la multitude grondante,

alors la semence du pain

retombe enfin dans le sillon.

 

 

Voici venir l'arbre, c'est l'arbre

nourri par des cadavres nus,

des morts fouettés et estropiés,

des morts aux visages troublants,

empalés au bout d'une lance,

recroquevillés dans les flammes,

décapités à coups de hache,

écartelés par les chevaux

ou crucifiés dans les églises. 

 

Voici venir l'arbre, c'est l'arbre

dont les racines sont vivantes,

il a pris l'engrais du martyre,

ses racines ont bu du sang,

au sol il a puisé des larmes

qui par ses branches sont montées

parsemant son architecture.

Elles furent fleurs, quelquefois

invisibles, fleurs enterrées,

d'autres fois elles allumèrent

leurs pétales, comme des planètes. 

 

 

Et l'homme cueillit sur les branches

les corolles aux parois durcies,

il les tendit de main en main

tels des magnolias, des grenades,

et brusquement, ouvrant la terre,

elles grandirent jusqu'au ciel.

 

C'est lui, l'arbre des hommes libres ;

L'arbre terre, l'arbre nuage.

L'arbre pain, l'arbre sarbacane,

l'arbre poing, l'arbre feu ardent.

Inondé par l'eau tempétueuse

de notre époque des ténèbres,

son mât décrit dans le roulis

les arènes de sa puissance. 

 

 

D'autres fois la colère brise

les branches qui tombent à nouveau

et une cendre menaçante

couvre sa vieille majesté :

ainsi franchit-il d'autres temps

et sortit-il de l'agonie,

jusqu'au moment où une main

secrète, des bras innombrables,

le peuple, en garda les fragments

et cacha des troncs immuables.

Ses lèvres étaient alors les feuilles

de l'immense arbre réparti,

disséminé de tous côtés,

qui marchait avec ses racines.

Voici venir l'arbre, c'est lui

l'arbre du peuple, tous les peuples

de la liberté, de la lutte.

 

Montre-toi dans sa chevelure :

palpe ses rayons restitués :

plonge la main dans les usines,

là même où son fruit palpitant

chaque jour répand sa lumière

Lève dans tes mains cette terre,

unis-toi à cette splendeur,

emporte ton pain et ta pomme,

ton cœur aussi et ton cheval

et monte la garde aux frontières,

aux confins de sa frondaison.

 

 

Défends le but de ses corolles,

partage les nuits ennemies

veillant au cycle de l'aurore,

respire la cime étoilée,

en protégeant l'arbre, cet arbre

qui pousse au milieu de la terre.

 

 

 

Pablo Neruda

Chant Général

Traduction de Claude Couffon

Gallimard, 1977

 

 

 

 

 

                       

 

 

 

Los libertadores

 

 

Aquí viene el árbol, el árbol

de la tormenta, el árbol del pueblo.

De la tierra suben sus héroes

como las hojas por la savia,

y el viento estrella los follajes

de muchedumbre rumorosa,

hasta que cae la semilla

del pan otra vez a la tierra.

 

Aquí viene el árbol, el árbol

nutrido por muertos desnudos,

muertos azotados y heridos,

muertos de rostros imposibles,

empalados sobre una lanza,

desmenuzados en la hoguera,

decapitados por el hacha,

descuartizados a caballo,

crucificados en la iglesia.

 

Aquí viene el árbol, el árbol

cuyas raíces están vivas,

sacó salitre del martirio,

sus raíces comieron sangre

y extrajo lágrimas del suelo:

las elevó por sus ramajes,

las repartió en su arquitectura.

Fueron flores invisibles,

a veces, flores enterradas,

otras veces iluminaron

sus pétalos, como planetas.

 

Y el hombre recogió en las ramas

las caracolas endurecidas,

las entregó de mano en mano

como magnolias o granadas

y de pronto, abrieron la tierra,

crecieron hasta las estrellas.

 

Éste es el árbol de los libres.

El árbol tierra, el árbol nube,

el árbol pan, el árbol flecha,

el árbol puño, el árbol fuego.

Lo ahoga el agua tormentosa

de nuestra época nocturna,

pero su mástil balancea

el ruedo de su poderío.

 

Otras veces, de nuevo caen

las ramas rotas por la cólera

y una ceniza amenazante

cubre su antigua majestad:

así pasó desde otros tiempos,

así salió de la agonía

hasta que una mano secreta,

unos brazos innumerables,

el pueblo, guardó los fragmentos,

escondió troncos invariables,

y sus labios eran las hojas

del inmenso árbol repartido,

diseminado en todas partes,

caminando con sus raíces.

Éste es el árbol, el árbol

del pueblo, de todos los pueblos

de la libertad, de la lucha.

 

Asómate a su cabellera:

toca sus rayos renovados:

hunde la mano en las usinas

donde su fruto palpitante

propaga su luz cada día.

Levanta esta tierra en tus manos,

participa de este esplendor,

toma tu pan y tu manzana,

tu corazón y tu caballo

y monta guardia en la frontera,

en el límite de sus hojas.

 

Defiende el fin de sus corolas,

comparte las noches hostiles,

vigila el ciclo de la aurora,

respira la altura estrellada,

sosteniendo el árbol, el árbol

que crece en medio de la tierra. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Feuillage, cher feuillage

Retenu vers la terre

Et libre vers le ciel

Feuillage, cher signal,

 

Et l'homme commence à sentir renaître

Quelque chose en lui qui n'est plus le mal

Et veut respirer et veut désirer...

Un brin de feuillage a rouvert le monde.

 

 

 

Marcel Martinet

1938

 

 

 

 

 

 

Ô

Si tu étais arbre

tes paroles les feuilles

tes mains les branches

toujours plus haut

 

 

 Muniam-Al-Faker

 

 

Muniam Al Faker

Retraite d'un cœur

Traduction Touria Ikbal 

L'Harmattan, 1998

 

 

 

 

 

 

 

           

        Je suis l'arbre à poèmes. Les savants disent que j'appartiens à une espèce en voie de disparition. Mais personne ne s'en émeut alors que des campagnes ont été lancées récemment pour sauver le panda du Népal et l'éléphant d'Afrique.
        Question d'intérêt, diront certains. Question de mémoire, dirai-je. De temps en temps, la mémoire des hommes sature. Ils se délestent alors du plus encombrant, font de la place en prévision du nouveau dont ils sont si friands.
        Aujourd'hui, la mode n'est plus aux vieilles essences. On invente des arbres qui poussent vite, se contentent de l'eau et du soleil qu'on leur mesure et font leur métier d'arbre en silence, sans état d'âme.
        Je suis l'arbre à poèmes. On a bien essayé sur moi des manipulations, qui n'ont rien donné. Je suis réfractaire, maître de mes mutations. Je ne m'émeus pas à de simples changements de saison, d'époque. Les fruits que je donne ne sont jamais les mêmes. J'y mets tantôt du nectar, tantôt du fiel. Et quand je vois de loin un prédateur, je les truffe d'épines.
        Parfois je me dis : Suis-je réellement un arbre ? Et j'ai peur de me mettre à marcher, parler le triste langage de l'espèce menteuse, m'emparer d'une hache et m'abattre sur le tronc du plus faible de mes voisins. Alors je m'accroche de toutes mes forces à mes racines. Dans leurs veines infinies je remonte le cours de la parole jusqu'au cri primordial. Je défais l'écheveau des langues. J'attrape le bout du fil et je tire pour libérer la musique et la lumière. L'image se rend à moi. J'en fais les bourgeons qui me plaisent et donne rendez-vous aux fleurs. Tout cela nuitamment, avec la complicité des étoiles et des rares oiseaux qui ont choisi la liberté.
        Je suis l'arbre à poèmes. Je me ris de l'éphémère et de l'éternel.
        Je suis vivant.

 

 

 

 

Abdellatif Laâbi

L'arbre à poèmes

Anthologie personnelle 1992-2012

Gallimard, 2016

 

 

 

 

 

 

(Extrait)

 

 

Et vois, l’enfant
Est là, dans l’amandier,
Debout
Comme plusieurs vaisseaux arrivant en rêve.

 

Il monte
Entre lune et soleil. Il essaie de pencher vers nous
Dans la fumée
Son feu, riant,
Où l’ange et le serpent ont même visage.
Il offre
Dans la touffe des mots, qui a fleuri,
Une seconde fois du fruit de l’arbre.

 

 

 

 

Yves Bonnefoy

Dans le leurre du seuil

1975

 

 

Les arbres de nos enfants

Musée d'Histoire naturelle et d'Ethnographie de Colmar

 

 

 

 

 

 

 

      Vous ne m'y prendrez

      Je ne vous y prends,

Le cerisier fleurit au vent –

      Si je vous souris,

      Vous me souriez,

Le noisetier, le saule et le tilleul

      Fleurissent au vent,

      S'inclinent au vent.

Plutôt que sauter, plutôt que courir,

      J'aime chanter sous le tilleul.

 

      Mais, Tintomara,

      As-tu entendu ?

Le noisetier, le saule et le tilleul

      Fleurissent au vent...

Le coucou, la grive et le lièvre aussi ?

      Silence... Serait-ce ?

Le cerisier, l'érable et l'orme,

Le noisetier, le saule et le tilleul

      Fleurissent au vent,

      S'inclinent au vent.

Mais plus que les pies et plus que les lièvres,

C'est l'ours qui m'effraie, là, sous le tilleul.

 

      Si c'est l'ours qui vient,

      Il fera le beau !

Le noisetier, le saule et le tilleul

      Fleurissent au vent.

      Mais, Tintomara,

      S'il ne fait le beau ?

Le cerisier, l'érable et l'orme

Le noisetier, le saule et le tilleul

      Fleurissent au vent,

      S'inclinent au vent –

Je me fais oiseau ! N'importe lequel,

Et l'ours me verra m'envoler au vent !

 

 

 

Carl Jonas Love Almqvist

Traduit par Jean-Clarence Lambert

Anthologie de la poésie suédoise

Seuil, 1971

 

 

 

 

 

 

 

Être arbre. Un arbre ailé. Dénuder ses racines

dans la terre puissante et les livrer au sol

et quand, autour de nous, tout sera bien plus vaste,

ouvrir en grand nos ailes et nous mettre à voler.

 

 

 

Pablo Neruda

Cahiers de Temuco (1919-1920)

Traduction de Claude Couffon

Le Temps des Cerises, 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Irene Kung

 

 

 

 

Ser un árbol con alas.
En la tierra potente desnudar las raíces y entregarlas al suelo
y cuando sea mucho más amplio nuestro ambiente
con las alas abiertas entregarnos al vuelo!

 

 

Pablo Neruda

Cuadernos de Temuco

 

 

 

 

 

 

 

 

Poèmes premiers

poussant
comme de jeunes arbres

sensibles
au moindre vent

aux souffles de la nuit
aux embruns de la mer

poèmes
qui ont longtemps
couché dehors

puisant leur croissance
dans l’arborescence
de leur activité mentale

puis, finissant leur parcours,

les voilà
contre vents et marées

devenus de vieux arbres :

les oiseaux du monde
y volent librement

 

 

 

Jean Jacques Dorio

Poésie : mode d'emploi

 

 

 

Image d'un neurone du cortex cérébral

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                               À Jean-Claude Monnier

 

Le poète

semblable à l'arbre

 

plongeant profond ses racines

 

communiant par la sève

sous les terres

 

lancé à tous poumons dans la clarté

 

debout

essayant d'être libre

 

jusqu'à la durée de la mort

 

 

 

Francine Caron

Picardie Poésie

Eklitra, 1981

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nathalie Vanlaer

L'arbre magique

collage

Artmajeur

 

 

 

 

Je suis un arbre les enfants !

               Je suis un arbre

Sur lequel de temps en temps

Viennent tout furtivement

Se poser des oiseaux-poëmes

(drôles d'oiseaux vraiment !)

 

Les attraper c'est difficile

Vers l'un parfois je tends ma branche

(Je veux dire mon bras !)

Mais le poëmoiseau s'en va

 

Parfois j'en attrape un

Et je le garde dans mes mains

Pour le mettre en mes mots-cages

(Du moins s'il chante bien !)

 

Les enfants ! Je suis un arbre

Avec de temps en temps

Un oiseau-poëme qui se pose dedans

 

Vous regardez en souriant

Le dessus de mon crâne

En pensant au feuillage manquant

Mais ça ne fait jamais qu'un espace plus grand

Pour qu'ils se posent plus aisément

Les poëmoiseaux les oiseaux-poëmes

Les enfants !

 

 

 

 

Daniel Schmitt

Je suis un arbre

Lo Païs d'Enfance, 1995

 

 

 

 

 

 

Les arbres ignorent les lois de la propriété.

 

Quand on pense les retenir et les enfermer, ils s’échappent par les rais de lumière. Si la lumière décline, ils oublient les frontières et imposent silencieux leur immense liberté. Ils traversent le temps qui passe en offrant la dignité de leur vieillesse. Les murs sont inutiles. Les feuilles, la sève et l’écorce, poursuivent en plein jour le cheminement insoupçonné : les racines vont loin, très loin, elles s’étalent comme des doigts pour repousser les limites devenues invisibles. La nature conquise en apparence, reste la déesse des lieux, comme l’enfant que l’on croit diriger mais qui est notre guide.

 

 

 

Imasango

Outremer

Trois océans en poésie

Anthologie par Christian Poslaniec et Bruno Doucey

Éditions Bruno Doucey, 2011

 

 

 

 

Sophie Cantou

Expansion

Artmajeur

 

 

 

 

 

 

 

 

   Jean Mambrino

   ainsi ruse le mystère

   José Corti, 1983

 

 

 

 

Chaque fois j'entends un peu mieux
cet oiseau qui vit solitaire
dans les branches de ma prison.

 

Chaque fois tout devient plus clair,
avec mon esprit bien en place,
en mon arbre où monte mon chant.

 

Chaque fois plus uni à moi,
mon oiseau s'épanche un peu plus
hors de mon vert qui souffre et saigne.

 

Chaque fois mon arbre produit,
multipliant les cris d'espoir,
plus de fruits de réalité.

 

Chaque fois mon oiseau se fait
un peu plus moi et, ce faisant,
plus moi fait mon arbre intérieur.

 

Chaque fois cet arbre, mon arbre,
entre un peu plus dans mon espace,
occupant un peu mieux ma mer.

 

Chaque fois, source de salut,
cet oiseau-là que je deviens
est un peu plus l'oiseau de Dieu.

 

Chaque fois avec tous ces plus,
cet arbre-là qui me partage
se transforme en ma liberté.

 

 

 

 

 

Juan Ramón Jiménez

Fleuves qui s'en vont

Traduction par Claude Couffon

José Corti, 1990

 

 

 

 

 

 

Este árbol que me parte

 

 

Cada vez oigo mejor
a este solitario pájaro
del árbol de mi prisión.


Cada vez me siento más,
con mi sentido en su centro
mi árbol con mi cantar.


Cada vez con más unión,
mi pájaro me desborda
más mi sangrante verdor.


Cada vez mi árbol da,
a más gritos de esperanza
más frutos de realidad.


Cada vez se hace más yo
mi pájaro, que me hace
más yo, mi árbol interior.


Cada vez mi árbol va
entrando más en mi espacio
cabiendo más en mi mar.


Cada vez más salvador,
el pájaro que voy siendo
es más pájaro de Dios.


Cada vez con tanto ya,
este árbol que me parte
va siendo mi libertad

 

 

Juan Ramón Jiménez

Ríos que se van

Editorial Bedia, 1974

 

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Sylvie Gaté