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Dans la fine clarté de l’aube qui s’éveille,
Sous la fraîcheur timide de nos étés charmants
Se dresse tout puissant l’immense « Mandelier ».
C’est un arbre dont les racines
S’enfoncent profondément
Dans les grottes obscures de l’océan,
Un arbre dont le tronc dur et ferme
Défie les injures du temps,
Un arbre dont les branches solides
S’étendent gracieusement vers le ciel clair et pur,
Un arbre dont l’écorce épaisse
Renforce la résistance,
Un arbre dont les feuilles noires et blanches
Papillonnent au rythme du tam-tam,
Un arbre dont les grappes pesantes
Regorgent de « Mandela »
Fruit savoureux au goût de la liberté
Que produit à profusion
La terre sacrée d’Afrique.
Sous l’ombre de cet arbre de l’espoir
Nous cultivons l’entente, l’amitié et la paix
Pour le plus grand bonheur
De notre nouvelle Afrique.
Ali Mlinde
Anthologie d'introduction
à la poésie comorienne d'expression française
par Carole Beckett
L’Harmattan, 1995
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Statue du Nèg Mawon (ou l'arbre de la liberté) Khokho René-Corail et Alberto Lescay Le Lamentin, Martinique |
Aucun mystère
ni enfantillage
mais une raison qui dure
comme l'enfance
une insoumission
qui brille au milieu des arbres.
Christian Viguié
Petites écritures
Rougerie, 1996
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Photographie : Olivier Chatelain |
Chaque nuit, le bouleau
Du fond de mon jardin
Devient un long bateau
Qui descend ou l'Escaut
Ou la Meuse ou le Rhin.
Il court à l'Océan
Qu'il traverse en jouant
Avec les albatros,
Salue Valparaiso,
Crie bonjour à Tokyo
Et sourit à Formose.
Puis, dans le matin rose,
Ayant longé le Pôle,
Des rades et des môles,
Lentement redevient
Bouleau de mon jardin.
Maurice Carême
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Nikolai Astrup Matin de mars 1920 1920 |
À l'aube de l'indépendance tu existas.
Toi, notre bel arbre,
De qui es-tu l'invention ?
De qui es-tu l'incarnation ?
Parlerai-je de miracle ?
Ce serait ironique !
Parlerai-je d'un big-bang ?
Ce serait utopique !
Mais plutôt la marque de l'amour de Dieu.
D'un amour profond de Dieu pour l'Afrique.
Sous toi, nos rêves se sont réalisés ;
Sous toi, nos peines ont été apaisées ;
Sous toi, nos sages se sont regroupés ;
Sous toi, nos patriarches se sont concertés ;
Sous toi, des décisions ont été prises pour construire et faire
grandir notre Afrique ;
Sous toi, nous jeunes africains, devrions être formés.
Formés pour connaître les théories ancestrales,
Formés pour mieux connaître nos origines,
Formés pour vivre.
Où es-tu notre bel arbre ?
Qui t'a dissimulé notre joyau ?
Qui t'a déracinée, toi notre amulette ?
Qui t'a envoyée dans les oubliettes ?
Que l'Afrique te rende hommage
Pour le Cameroun, sois comme un adage
Et pour la tribu Béti un présage.
Charline Berthe Ebe Evina
Renaissance africaine
Poèmes
Harmattan Cameroun, 2012

Doual’art
Centre d’art contemporain
Douala, Cameroun
Le rêve de l'artiste
Est d'être l'arbre
Qui rassemble et mûrit
Les fruits tombés trop tôt
Être l'arbre et son ombre
Les branches et le soleil
Le parfum et le chapeau de paille
Être libre
La mémoire en fuite
Et les moineaux déroutés par le vent.
Tahar Ben Jelloun
Douleur et lumière du monde
précédé de Que la blessure se ferme
Gallimard, 2022
L'oiseau libère l'arbre
où le soleil
va mûrir un fécond silence
Remontant la veine et l'aubier
même la mort
cherche une issue vers la lumière
Jean-Vincent Verdonnet
Les Hommes sans Épaules
n°20, 3ème série, 2005
Parfois le poème pousse comme un jeune arbre
Fragile, ivre du moindre vent,
Des souffles de la nuit,
Des embruns de la mer.
Je parle de poèmes qui ont toujours couché dehors,
Dans le sable, le limon,
La langue des forêts,
Les canots périssoires.
Parfois le poème a poussé ses belles phrases
Dans les arbres.
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Jean Jacques Dorio |
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Voici venir l'arbre, c'est l'arbre de l'orage, l'arbre du peuple Ses héros montent de la terre comme les feuilles par la sève, et le vent casse les feuillages de la multitude grondante, alors la semence du pain retombe enfin dans le sillon. |
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Voici venir l'arbre, c'est l'arbre nourri par des cadavres nus, des morts fouettés et estropiés, des morts aux visages troublants, empalés au bout d'une lance, recroquevillés dans les flammes, décapités à coups de hache, écartelés par les chevaux ou crucifiés dans les églises. |
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Voici venir l'arbre, c'est l'arbre dont les racines sont vivantes, il a pris l'engrais du martyre, ses racines ont bu du sang, au sol il a puisé des larmes qui par ses branches sont montées parsemant son architecture. Elles furent fleurs, quelquefois invisibles, fleurs enterrées, d'autres fois elles allumèrent leurs pétales, comme des planètes. |
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Et l'homme cueillit sur les branches les corolles aux parois durcies, il les tendit de main en main tels des magnolias, des grenades, et brusquement, ouvrant la terre, elles grandirent jusqu'au ciel. |
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C'est lui, l'arbre des hommes libres ; L'arbre terre, l'arbre nuage. L'arbre pain, l'arbre sarbacane, l'arbre poing, l'arbre feu ardent. Inondé par l'eau tempétueuse de notre époque des ténèbres, son mât décrit dans le roulis les arènes de sa puissance. |
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D'autres fois la colère brise les branches qui tombent à nouveau et une cendre menaçante couvre sa vieille majesté : ainsi franchit-il d'autres temps et sortit-il de l'agonie, jusqu'au moment où une main secrète, des bras innombrables, le peuple, en garda les fragments et cacha des troncs immuables. Ses lèvres étaient alors les feuilles de l'immense arbre réparti, disséminé de tous côtés, qui marchait avec ses racines. Voici venir l'arbre, c'est lui l'arbre du peuple, tous les peuples de la liberté, de la lutte. |
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Montre-toi dans sa chevelure : palpe ses rayons restitués : plonge la main dans les usines, là même où son fruit palpitant chaque jour répand sa lumière Lève dans tes mains cette terre, unis-toi à cette splendeur, emporte ton pain et ta pomme, ton cœur aussi et ton cheval et monte la garde aux frontières, aux confins de sa frondaison. |
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Défends le but de ses corolles, partage les nuits ennemies veillant au cycle de l'aurore, respire la cime étoilée, en protégeant l'arbre, cet arbre qui pousse au milieu de la terre. |
Pablo Neruda
Chant Général
Traduction de Claude Couffon
Gallimard, 1977
Los libertadores
Aquí viene el árbol, el árbol
de la tormenta, el árbol del pueblo.
De la tierra suben sus héroes
como las hojas por la savia,
y el viento estrella los follajes
de muchedumbre rumorosa,
hasta que cae la semilla
del pan otra vez a la tierra.
Aquí viene el árbol, el árbol
nutrido por muertos desnudos,
muertos azotados y heridos,
muertos de rostros imposibles,
empalados sobre una lanza,
desmenuzados en la hoguera,
decapitados por el hacha,
descuartizados a caballo,
crucificados en la iglesia.
Aquí viene el árbol, el árbol
cuyas raíces están vivas,
sacó salitre del martirio,
sus raíces comieron sangre
y extrajo lágrimas del suelo:
las elevó por sus ramajes,
las repartió en su arquitectura.
Fueron flores invisibles,
a veces, flores enterradas,
otras veces iluminaron
sus pétalos, como planetas.
Y el hombre recogió en las ramas
las caracolas endurecidas,
las entregó de mano en mano
como magnolias o granadas
y de pronto, abrieron la tierra,
crecieron hasta las estrellas.
Éste es el árbol de los libres.
El árbol tierra, el árbol nube,
el árbol pan, el árbol flecha,
el árbol puño, el árbol fuego.
Lo ahoga el agua tormentosa
de nuestra época nocturna,
pero su mástil balancea
el ruedo de su poderío.
Otras veces, de nuevo caen
las ramas rotas por la cólera
y una ceniza amenazante
cubre su antigua majestad:
así pasó desde otros tiempos,
así salió de la agonía
hasta que una mano secreta,
unos brazos innumerables,
el pueblo, guardó los fragmentos,
escondió troncos invariables,
y sus labios eran las hojas
del inmenso árbol repartido,
diseminado en todas partes,
caminando con sus raíces.
Éste es el árbol, el árbol
del pueblo, de todos los pueblos
de la libertad, de la lucha.
Asómate a su cabellera:
toca sus rayos renovados:
hunde la mano en las usinas
donde su fruto palpitante
propaga su luz cada día.
Levanta esta tierra en tus manos,
participa de este esplendor,
toma tu pan y tu manzana,
tu corazón y tu caballo
y monta guardia en la frontera,
en el límite de sus hojas.
Defiende el fin de sus corolas,
comparte las noches hostiles,
vigila el ciclo de la aurora,
respira la altura estrellada,
sosteniendo el árbol, el árbol
que crece en medio de la tierra.
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Feuillage, cher feuillage
Retenu vers la terre
Et libre vers le ciel
Feuillage, cher signal,
Et l'homme commence à sentir renaître
Quelque chose en lui qui n'est plus le mal
Et veut respirer et veut désirer...
Un brin de feuillage a rouvert le monde.
Marcel Martinet
1938
Ô
Si tu étais arbre
tes paroles les feuilles
tes mains les branches
toujours plus haut

Muniam Al Faker
Retraite d'un cœur
Traduction Touria Ikbal
L'Harmattan, 1998
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Je suis l'arbre à poèmes. Les savants disent que j'appartiens à une espèce en voie de disparition. Mais personne ne s'en émeut alors que des campagnes ont été lancées récemment pour sauver le panda du Népal et l'éléphant d'Afrique. |
Abdellatif Laâbi
L'arbre à poèmes
Anthologie personnelle 1992-2012
Gallimard, 2016
(Extrait)
Et vois, l’enfant
Est là, dans l’amandier,
Debout
Comme plusieurs vaisseaux arrivant en rêve.
Il monte
Entre lune et soleil. Il essaie de pencher vers nous
Dans la fumée
Son feu, riant,
Où l’ange et le serpent ont même visage.
Il offre
Dans la touffe des mots, qui a fleuri,
Une seconde fois du fruit de l’arbre.
Yves Bonnefoy
Dans le leurre du seuil
1975
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Musée d'Histoire naturelle et d'Ethnographie de Colmar
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Vous ne m'y prendrez
Je ne vous y prends,
Le cerisier fleurit au vent –
Si je vous souris,
Vous me souriez,
Le noisetier, le saule et le tilleul
Fleurissent au vent,
S'inclinent au vent.
Plutôt que sauter, plutôt que courir,
J'aime chanter sous le tilleul.
Mais, Tintomara,
As-tu entendu ?
Le noisetier, le saule et le tilleul
Fleurissent au vent...
Le coucou, la grive et le lièvre aussi ?
Silence... Serait-ce ?
Le cerisier, l'érable et l'orme,
Le noisetier, le saule et le tilleul
Fleurissent au vent,
S'inclinent au vent.
Mais plus que les pies et plus que les lièvres,
C'est l'ours qui m'effraie, là, sous le tilleul.
Si c'est l'ours qui vient,
Il fera le beau !
Le noisetier, le saule et le tilleul
Fleurissent au vent.
Mais, Tintomara,
S'il ne fait le beau ?
Le cerisier, l'érable et l'orme
Le noisetier, le saule et le tilleul
Fleurissent au vent,
S'inclinent au vent –
Je me fais oiseau ! N'importe lequel,
Et l'ours me verra m'envoler au vent !
Carl Jonas Love Almqvist
Traduit par Jean-Clarence Lambert
Anthologie de la poésie suédoise
Seuil, 1971
Être arbre. Un arbre ailé. Dénuder ses racines
dans la terre puissante et les livrer au sol
et quand, autour de nous, tout sera bien plus vaste,
ouvrir en grand nos ailes et nous mettre à voler.
Pablo Neruda
Cahiers de Temuco (1919-1920)
Traduction de Claude Couffon
Le Temps des Cerises, 2003
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Ser un árbol con alas.
En la tierra potente desnudar las raíces y entregarlas al suelo
y cuando sea mucho más amplio nuestro ambiente
con las alas abiertas entregarnos al vuelo!
Pablo Neruda
Cuadernos de Temuco
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Poèmes premiers
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Jean Jacques Dorio
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À Jean-Claude Monnier
Le poète
semblable à l'arbre
plongeant profond ses racines
communiant par la sève
sous les terres
lancé à tous poumons dans la clarté
debout
essayant d'être libre
jusqu'à la durée de la mort
Francine Caron
Picardie Poésie
Eklitra, 1981
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Nathalie Vanlaer L'arbre magique collage
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Je suis un arbre les enfants !
Je suis un arbre
Sur lequel de temps en temps
Viennent tout furtivement
Se poser des oiseaux-poëmes
(drôles d'oiseaux vraiment !)
Les attraper c'est difficile
Vers l'un parfois je tends ma branche
(Je veux dire mon bras !)
Mais le poëmoiseau s'en va
Parfois j'en attrape un
Et je le garde dans mes mains
Pour le mettre en mes mots-cages
(Du moins s'il chante bien !)
Les enfants ! Je suis un arbre
Avec de temps en temps
Un oiseau-poëme qui se pose dedans
Vous regardez en souriant
Le dessus de mon crâne
En pensant au feuillage manquant
Mais ça ne fait jamais qu'un espace plus grand
Pour qu'ils se posent plus aisément
Les poëmoiseaux les oiseaux-poëmes
Les enfants !
Daniel Schmitt
Je suis un arbre
Lo Païs d'Enfance, 1995
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Les arbres ignorent les lois de la propriété.
Quand on pense les retenir et les enfermer, ils s’échappent par les rais de lumière. Si la lumière décline, ils oublient les frontières et imposent silencieux leur immense liberté. Ils traversent le temps qui passe en offrant la dignité de leur vieillesse. Les murs sont inutiles. Les feuilles, la sève et l’écorce, poursuivent en plein jour le cheminement insoupçonné : les racines vont loin, très loin, elles s’étalent comme des doigts pour repousser les limites devenues invisibles. La nature conquise en apparence, reste la déesse des lieux, comme l’enfant que l’on croit diriger mais qui est notre guide. |
Imasango
Outremer
Trois océans en poésie
Anthologie par Christian Poslaniec et Bruno Doucey
Éditions Bruno Doucey, 2011
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Sophie Cantou Expansion
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Jean Mambrino ainsi ruse le mystère José Corti, 1983
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Chaque fois j'entends un peu mieux
cet oiseau qui vit solitaire
dans les branches de ma prison.
Chaque fois tout devient plus clair,
avec mon esprit bien en place,
en mon arbre où monte mon chant.
Chaque fois plus uni à moi,
mon oiseau s'épanche un peu plus
hors de mon vert qui souffre et saigne.
Chaque fois mon arbre produit,
multipliant les cris d'espoir,
plus de fruits de réalité.
Chaque fois mon oiseau se fait
un peu plus moi et, ce faisant,
plus moi fait mon arbre intérieur.
Chaque fois cet arbre, mon arbre,
entre un peu plus dans mon espace,
occupant un peu mieux ma mer.
Chaque fois, source de salut,
cet oiseau-là que je deviens
est un peu plus l'oiseau de Dieu.
Chaque fois avec tous ces plus,
cet arbre-là qui me partage
se transforme en ma liberté.
Juan Ramón Jiménez
Fleuves qui s'en vont
Traduction par Claude Couffon
José Corti, 1990
Este árbol que me parte
Cada vez oigo mejor
a este solitario pájaro
del árbol de mi prisión.
Cada vez me siento más,
con mi sentido en su centro
mi árbol con mi cantar.
Cada vez con más unión,
mi pájaro me desborda
más mi sangrante verdor.
Cada vez mi árbol da,
a más gritos de esperanza
más frutos de realidad.
Cada vez se hace más yo
mi pájaro, que me hace
más yo, mi árbol interior.
Cada vez mi árbol va
entrando más en mi espacio
cabiendo más en mi mar.
Cada vez más salvador,
el pájaro que voy siendo
es más pájaro de Dios.
Cada vez con tanto ya,
este árbol que me parte
va siendo mi libertad
Juan Ramón Jiménez
Ríos que se van
Editorial Bedia, 1974

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