Le garde forestier d'Aït Tamellil a infligé une amende,
Une amende de six cents douros, sans parler du mois de geôle,
Aux gens de Tasselli. Et pourquoi ? Le croirez-vous ?
Pour une centaine de perches de chêne et de thuya,
Afin que nos maisons ne soient pas sans terrasses...
Inutile d'attendrir son cœur ou de lui parler raison.
Il n'a aucune compréhension des choses de chez nous.
Il répond toujours « Le dahir ! Le dahir ² ! »
Ceux qui ont fait le dahir ne sont pas nés dans nos forêts !
Ô Maître de la forêt ! pourquoi ne frapper d'amende,
D'amende et de prison au bureau d'Imlil ³,
La Tassaout qui a emporté les peupliers d'Anfeg ⁴ ?
C'est bien là autre dommage que nos cent perches !
Et tu devrais écrire sur ton carnet le nom,
Le nom de la foudre qui, pendant l'orage,
A fracassé pins et noyers d'Ibouroudène !
Ne peux-tu confisquer la hache du feu du ciel ?
Et qu'attends-tu pour envoyer en prison à Imlil
Celle⁵ qui, cet hiver, a déchaîné la tempête.
L'ouragan a brisé des milliers de baliveaux.
En vérité, la belle coupe sans permis que voilà !
Et pour cent perches, don de la nature généreuse,
Tu t'arroges le droit de nier la bénédiction de Dieu !
Comme si la forêt était bien du Makhzen
Et non propriété immémoriale des gens de Tasseli !
¹ Littéralement : le maître de la forêt, le garde forestier.
² La loi
³ Imlil : Le bureau des Affaires indigènes de Demnat.
⁴ Allusion a une crue dévastatrice qui ravagea la vallée de la Tassaout.
⁵ Sans doute, Aïcha Taboukad, la méchante fée qui commande aux fléaux
ravageant les campagnes
Mririda N'Aït Attik
Les chants de la Tassaout
Traduits du dialecte Tachelhaït
par René Euloge
Maroc Éditions, 1972
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