à François Boddaert
Il nous sied de suivre l'essor
De vos délicates naissances. Blancheur
Du printemps, et le soleil trouble l'azur, un rayon
Transperce et ce cœur et ces dentelles où la Beauté
Nous fait vivre et mourir. Le temps tourne.
Avec raison le vertige nous saisit. Nous jouissons
Sans préjuger de notre plaisir, car les dieux
qui habitent la lumière sont désinvoltes.
Souvent, dans l'âtre à peine éteint, un deuil
S'énonce que nous n'avons su nommer.
Clarté des larmes, des adieux,
De notre jeunesse enfuie aussitôt née,
Le soleil est notre partage, lui qui décline
Toujours au midi de l'espoir. Il connaît bien
Le saisissement de la ténèbre — son asile,
Sa renaissance... La mort y discourt à voix basse.
Qui nous élèvera ? Qui nous fera planer ?
À l'arbre faut-il chaque matin l'octroi
D'un vert plus somptueux ?
Un précipité doré qui maintienne parmi nous
Une présence hantée ? Pommiers, prose
Allègre et trop douce, hélas, pour conjurer
L'embardée des instants, notre joie sillonne des sillons.
Clairs. Là-bas nous attend la maison, réassort du jour.
Sous le ciel où s'exhalent les fleurs,
Notre cœur tourmenté, s'avise
De l'étendue qui se dévoue.
Vocation des efflorescences ou la brève amitié.
Demain, saurons-nous dédier à l'infini
Cette parole qu'il génère en nous ? Il nous faut
La jeunesse pour emblème. Or elle n'est pas,
Tout n'est que transition. N'eût été la maison
— Et le soir, son haut lieu —, nous serions
Toujours vaincus, alors qu'il nous faut vaincre.
Demain, il nous faudra revenir dans le jardin
Empli de soleil. Entre les croûtes
En gésine, le long du mystère des rosées,
Ce ferment de nos désirs. Dans les allées,
Des pétales amortissent nos pas. C'est l'eau
Que nous cherchions, l'eau dans les fleurs
Blanches et dans les draps où nous dormons
Sans remords, oublieux des hauteurs
Où l'absence nous guette.
Nimrod
J'aurais un royaume en bois flottés
Anthologie personnelle 1989-2016
Gallimard, 2017
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