30 décembre 2020 3 30 /12 /décembre /2020 17:01

 

Je ne suis pas
Une addition d’arbres.

Le chat-huant le sait,
Le répète,

Lui qui est ma voix,
Le meilleur de mes voix



              ⃰
 

Je ne suis pas l’ombre.

Il y a partout
De ces choses qui sont
Ou qui font de l’ombre.



              ⃰

 

Moi je serpente,
Je navigue

À travers du fluide,
Sur du solide
Ou du presque solide.

Je vais.



              ⃰
 

En moi,
Ce n’est pas si fluide

En moi, l’air lui-même
Est un peu opaque.



              ⃰
 

Je suis du silence.
Je suis une amphore de silence.

Je suis du silence
Qui impose du silence.



              ⃰
 

Les fougères diront
Que je suis de l’humidité.

Je suis une humidité
Qui se plaît à creuser.



              ⃰
 

Je suis comme j’étais
Il y a des millénaires.

Les amoureux le savent
Sans le savoir.

En moi ils aiment
Comme nulle part ailleurs.

Ils s’aiment
Depuis l’origine.



              ⃰
 

J’ai toujours l’air de dormir
Et je ne dors jamais.

Je veille sur les planètes,
Mes contemporaines.



              ⃰
 

Je frémis
À la pensée de ce que je suis.

Je crois que ce sont les hommes
Qui m’ont appris à frémir,

Eux qui me traversent
Non sans malaise,

Qui me saccagent.



              ⃰
 

Je me vois forêt
Couvrant la terre entière,

Étouffant les cris.



              ⃰
 

En attendant,
Je suis ce que suis,

Un empire
Entre des républiques remuantes.



              ⃰
 

J’ai mes bêtes.
Elles me comprennent,

Du lièvre à la coccinelle,
Du chevreuil à la fourmi.

Elles se voient perdues
Quand elles me quittent,
Quand on m’abat.



              ⃰
 

On ne m’empêchera pas
De croire que je domine.

Que je ne sache pas quoi
Importe peu.

C’est quelque chose
Qui a rapport avec le temps.

Avec la profondeur aussi.



              ⃰
 

Vous n’êtes pas
Obligés de me croire,

Je ne cherche pas à convaincre.

Les millénaires m’ont appris à vivre
Dans mes dimensions, mes propriétés,

À rester ouverte à tout
En me vivant moi-même.



              ⃰
 

Les hommes peuvent
Abattre de mes arbres,

Ils peuvent
Nettoyer mes sous-bois,

Je reste
Ou redeviens pareille



              ⃰
 

 

Un océan

Parfois m'appelle.

 

Pour quoi faire ?

 

Avec lui

Je n'ai rien de commun

 

Que la satisfaction

De se savoir.

 

 

              ⃰

 

 

Peut-être suis-je l'aile

De quelque chose,

 

L'agrès d'un navire.

 

Je préfère penser

Que je suis la forêt,

 

Douce aux ramiers,

Aux sangliers,

 

Douce à la seconde

Qui s'approche.

 

 

              ⃰

 

 

Je me cherche

Et me trouve

Dans ma moiteur.

 

 

              ⃰

 

 

Je n'ai rien dit

De mes rapports

Avec le vent.

 

Je n'aime pas

Perdre mon temps —

 

Et lui m'en prend.

 

       

 



Guillevic
Motifs

Gallimard, 1987

SG

 

                  et des arbres...
   

Abricotier     Acacia    Alisier     Aloès     Amandier    Arbre à soie    Arbre de Judée    Arganier  Aubépin   Aulne    Baobab    Bouleau    Caroubier    Cactus     Cédratier    Cèdre    Cerisier    Charme   Châtaignier    Chêne    Citronnier    Cocotier    Cognassier     Cornouiller    Cyprès    Érable      Eucalyptus    Figuier    Flamboyant    Frêne    Ginkgo   Grenadier    Hêtre    If    Laurier    Lilas    Magnolia    Manguier    Marronnier    Mélèze    Mélia azédarach    Micocoulier     Mimosa    Mûrier-platane     Niaouli    Noisetier    Noyer     Ombú    Olivier    Oranger    Orme    Palmier    Pêcher    Peuplier    Pin    Plaqueminier    Platane    Poirier    Pommier   Prunier    Robinier    Santal    Sapin    Saule    Séquoia    Sophora    Sorbier    Sureau    Sycomore    Teck    Térébinthe    Tilleul    Tremble    Tulipier

 

Feuille

Forêt

À ce jour, 1243 poètes, 2800 poèmes

et de nombreux artistes ...

Bonne lecture !

Sylvie Gaté