Eloge de l'arbre
<< Prière pour avoir la foi dans... Eucalytpus >>
8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 18:01

La Griesche d'hiver

 

 

     

Pauvre Rutebeuf

 

 

 

Contre le temps qu’arbre défeuille,
Qu’il ne remaint en branche feuille
      Qui n’aille à terre,
Par pauvreté qui moi atterre,
Qui de toutes parts me muet guerre
      Contre l’hiver,
Dont moult me sont changés les vers,
Mon dit commence trop divers
      De pauvre histoire.
Pauvre sens et pauvre mémoire
M’a Dieu donné, le roi de gloire,
      Et pauvre rente,
Et froid au cul quand bise vente :
Le vent me vient, le vent m’évente
      Et trop souvent
Plusieurs foïes sent le vent.
Bien me l’eut griesche en couvent
      Quanques me livre :
Bien me paie, bien me délivre,
Contre le sou me rend la livre
      De grand pauverte.
Pauvreté est sur moi reverte :
Toujours m’en est la porte ouverte,
      Toujours y suis
Ni nulle fois ne m’en échuis.
Par pluie mouill’, par chaud essuis :
      Ci a riche homme !
Je ne dors que le premier somme.
De mon avoir ne sais la somme,
      Qu’il n’y a point.
Dieu me fait le temps si à point
Noire mouche en été me poind,
      En hiver blanche.
Issi suis comm’ l’osière franche
Ou comm’ les oiseaux sur la branche :
      En été chante,
En hiver pleure et me guermante,
Et me défeuille aussi comm’ l’ente
      Au premier gel.
En moi n’a ni venin ni fiel :
Il ne me remaint rien sous ciel,
      Tout va sa voie.
Les enviails que je savoie
M’ont avoyé quanques j’avoie
      Et fourvoyé,
Et fors de voie dévoyé.
Fols enviaux ai envoyé,
      Or m’en souviens.
Or vois-je bien, tout va, tout vient :
Tout venir, tout aller convient,
      Fors que bienfait.
Les dés que les déciers ont fait
M’ont de ma robe tout défait ;
      Les dés m’occient,
Les dés m’aguettent et épient,
Les dés m’assaillent et défient,
      Ce pèse moi.
Je n’en puis mais, si je m’émeus :
Ne vois venir avril ni mai,
      Voici la glace.
Or suis entré en male trace ;
Les trahiteurs de pute extrace
      M’ont mis sans robe.
Le siècles est si plein de lobe !
Qui auques a, si fait le gobe ;
      Et je, que fais,
Qui de pauvreté sens le fait ?
Griesche ne me laisse en paix,
      Moult me dérroie,
Moult m’assaut et moult me guerroie ;
Jamais de ce mal ne garroie
      Par tel marché.
Trop ai en mauvais lieu marché ;
Les dés m’ont pris et emparché :
      Je les claims quitte !
Fol est qu’à leur conseil habite :
De sa dette pas ne s’acquitte,
      Ainçois s’encombre ;
De jour en jour accroit le nombre.
En été ne quiert-il pas l’ombre
      Ni froide chambre,
Que nus lui sont souvent les membres :
Du deuil son voisin ne lui membre,
      Mais le sien pleure.
Griesche lui a courru seure,
Dénué l’a en petit d’heure,
      Et nul ne l’aime.
Cil qui devant cousin le clame
Lui dit en riant : « Ci faut trame
      Par lècherie.
Foi que tu dois sainte Marie,
Cor va ore en la Draperie
      Du drap accroire ;
Si le drapier ne t’en veux croire,
Si t’en revas droit à la foire
      Et va au Change.
Si tu jures Saint Michel l’ange
Que tu n’as sur toi lin ni lange
      Où ait argent,
L’on te verra moult beau sergent,
Bien t’apercevront la gent :
      Créüs seras.
Quand d’ilueques remouveras,
Argent ou faille emporteras. »
      Or a sa paie.
Ainsi vers moi chacun s’apaie :
Je n’en puis mais.

 

 

Rutebeuf

               

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Michel Ferre

Pauvre Rutebeuf

Sculpture sur bois

 

 

 

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est avenu

Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné le Roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

L'espérance de lendemain
Ce sont mes fêtes

Léo Ferré

Pauvre Rutebeuf

Le Guinche

Odéon 1956

 

 

 

SG
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